La Charpente de Grange en Bois Moise : Un Art Ancien Réinventé pour l'Avenir

La charpente, cet élément fondamental de nos constructions, qu'il s'agisse d'une humble grange ou d'une habitation cossue, suscite souvent une admiration silencieuse. Ses poutres apparentes, témoins d'un savoir-faire ancestral, racontent des histoires de solidité et d'esthétique. Pourtant, la manière dont ces structures complexes sont érigées demeure, pour beaucoup, un mystère. Il est pourtant enrichissant de plonger dans l'univers de la charpente, d'autant plus lorsque des solutions modernes, comme celles proposées pour les carports et abris terrasse en bois Douglas, mettent en valeur la beauté naturelle et la fonctionnalité de ces assemblages. Ces structures contemporaines, où la charpente est merveilleusement visible, déclinent des silhouettes naturelles dans des formats variés, offrant une opportunité unique de comprendre le fonctionnement d'assemblages tels que le moisement et la technique à tenon-mortaise.

L'Origine des Mots et la Naissance d'un Art

Pour appréhender pleinement ce qu'est une charpente, un détour par l'étymologie s'avère éclairant. Le mot "charpente" trouve ses racines dans l'ancien français, où le terme "charpent" aurait signifié "stature", puis dérive du latin "carpentum", désignant un chariot à deux roues. Cette origine évoque l'idée de structure, de portage, et surtout, celle d'assemblage. L'art de concevoir et de réaliser ces assemblages est au cœur de la charpenterie. C'est cette idée d'assemblage que l'on retrouve dans les techniques utilisées pour créer les charpentes de nos ossatures de carports. La plupart des kits proposés exploitent un système de moisement, donnant naissance à ce que l'on appelle une charpente moisée.

Schéma d'une ferme de charpente traditionnelle

Le Moisement : La Force de la Paire

Dans une charpente moisée, le principe est d'enserrer une pièce de bois entre deux autres pièces parallèles. L'ensemble est ensuite solidement boulonné, bénéficiant souvent d'une coupe à mi-bois pour une parfaite imbrication. On peut imaginer cela comme un sandwich, où les "moises" (les deux pièces parallèles) jouent un rôle crucial en empêchant l'écartement de la pièce centrale qu'elles maintiennent.

Dans les charpentes de maisons traditionnelles, cette technique est fréquemment appliquée à l'entrait, la pièce horizontale inférieure de la ferme. L'entrait moisé vient alors enserrer les arbalétriers (les pièces inclinées) et le poinçon (la pièce verticale centrale). Dans le contexte des ossatures de carports et abris, ce sont souvent les poteaux qui sont moisés et boulonnés, assurant une stabilité remarquable.

Le moisage de poutre n'est pas seulement une méthode d'assemblage constructif ; il s'avère être une technique essentielle pour la réparation et le renforcement d'éléments de charpente endommagés. Face aux assauts du temps, aux intempéries, aux parasites xylophages et à l'humidité, le bois peut montrer des signes de faiblesse. Le moisage permet de pallier ces détériorations, garantissant la solidité et la longévité de la toiture. Il consiste à remplacer une pièce unique par deux pièces jumelles parallèles, les moises, qui encadrent et renforcent d'autres éléments porteurs. Cet assemblage est particulièrement efficace pour résister aux efforts de compression, et il est souvent employé dans des montages verticaux et inclinés, comme pour les poteaux et les chevrons.

Le Tenon-Mortaise : La Précision d'un Accouplement Parfait

Bien que le moisage soit prédominant dans de nombreuses structures modernes, il arrive que les ossatures de carports, d'abris terrasse ou de tonnelles pergola soient assemblées à tenons et mortaises. Ce système, bien différent du moisage, est une technique traditionnelle en charpenterie. Le principe repose sur la division des pièces de la charpente en deux catégories : celles dotées d'un tenon et celles présentant une mortaise. Le tenon est une excroissance située à l'extrémité d'une pièce de bois, conçue pour s'insérer précisément dans la mortaise, une entaille pratiquée sur la pièce voisine. Cette méthode, bien que moins courante aujourd'hui en raison du risque d'affaiblissement des pièces de bois, est parfois utilisée lorsque les conditions le permettent. Elle est considérée comme un assemblage traditionnel bout à bout, privilégié pour des liaisons discrètes et esthétiques. L'idée est d'encastrer partiellement une pièce dans une autre pour créer un assemblage solide.

La Charpente de Grange : Un Pont entre Tradition et Modernité

Le principe de l'ossature bois rejoint directement celui de la charpente, car il s'agit souvent d'une charpente posée sur des poteaux. Cette charpente est ensuite à couvrir selon les désirs du propriétaire, que ce soit avec des tuiles, du shingle ou de la tôle. Cette liberté de choix est une caractéristique appréciée par les clients. La charpente, qu'elle soit moisée ou à tenon-mortaise, peut ensuite servir à de multiples usages. Un espace protégé et couvert, d'une surface allant de 15 à plus de 50 mètres carrés, ouvre la voie à de nombreuses possibilités. Certains y voient l'abri idéal pour leur voiture, transformant ainsi un toit de ce type en un véritable abri voiture, d'autant plus esthétique lorsqu'il est en bois avec sa belle finition naturelle. D'autres l'envisagent comme un toit pour leur terrasse ou un espace au bord de la piscine, créant ainsi un lieu de détente et de convivialité, propice aux aménagements extérieurs, tels qu'un bar ou un espace de réception.

Grange avec charpente en bois apparente et toit en tuiles

Dans tous les cas, ces réalisations constituent de magnifiques abris au naturel, qui exploitent des assemblages traditionnels pour maximiser leur résistance.

Les Différents Types de Fermes et Leur Assemblage

La charpente traditionnelle est principalement constituée d'éléments en bois massif, assemblés soit par des profils complémentaires (embrèvements, tenons-mortaises, enfourchements), soit par moisement et tiges métalliques (pointes, boulons) ou organes spéciaux (crampons, anneaux). La charpente traditionnelle se compose de fermes, de pannes et de chevrons. Une ferme est elle-même formée par l'assemblage de plusieurs pièces de bois massif. Les arbalétriers, l'entrait et le poinçon constituent le réseau principal, tandis que les contre-fiches, les jambes de force, les diagonales et les potelets forment le réseau secondaire. Les assemblages des parties constitutives de la ferme se font par embrèvement, par boulon ou par clouage.

Chaque ferme reporte une charge concentrée importante sur les infrastructures, nécessitant une planification adéquate. Du fait de l'utilisation de fortes sections de bois, la ferme offre une bonne tenue au feu, ce qui lui permet d'être exposée et de contribuer à la qualification de l'espace. L'objectif est d'écarter les fermes autant que possible, sans compromettre la fonction des pannes et des solives qu'elles supportent. La ferme traditionnelle, étant placée dans un plan vertical, doit être contreventée lors de sa mise en œuvre.

Les fermes et les pannes sont le plus souvent fabriquées à partir de résineux tels que l'épicéa, le sapin, le douglas, le pin maritime ou le pin sylvestre. Leur forte épaisseur n'exige pas l'utilisation de bois aux caractéristiques mécaniques exceptionnelles, sauf pour les très grandes portées. Lorsque ces bois sont cachés, ils ne présentent pas de contraintes visuelles. Mis en œuvre dans une ambiance non chauffée, les bois doivent avoir un taux d'humidité avoisinant les 15%, sans dépasser 22%. Abritées et ventilées, les fermes ne présentent pas d'autres risques biologiques que ceux liés aux insectes.

Il existe plusieurs types de fermes, caractérisées par leur triangulation :

  • Ferme latine : Inventée par les Romains, elle est formée de triangles pour éviter les moments de flexion. Le système le plus simple comprend des arbalétriers et contre-fiches massives, un entrait (pouvant être moisé) et un poinçon souvent de section carrée. Cette ferme ne permet généralement pas de dépasser 8 mètres de portée.

  • Ferme à entrait retroussé : Utilisée pour les combles habitables, l'entrait est remonté à la hauteur souhaitée pour optimiser les volumes. Elle comporte des jambes de force pour soulager la partie inférieure des arbalétriers et peut inclure des liens en partie supérieure. Fortement hyperstatique, elle ne nécessite pas de pièces de bois de très grandes sections. Attention, la réaction en pied de la jambe de force est variable et peut engendrer des poussées horizontales.

L'gosseux d'bois Ep 115 - Comment faire une ferme en bois massif

  • Ferme sur blochet : Similaire à la ferme à entrait retroussé, mais le pied de l'arbalétrier n'exerce aucune poussée sur les murs. Il s'agit d'une ferme à deux articulations fonctionnant comme une ferme sur poteau, où la flexion de l'arbalétrier est reprise par les blochets. La portée ne dépasse que rarement 12 mètres.

  • Ferme à la Palladio : Conçue pour les combles ne reposant pas sur un plancher. L'entrait sert d'élément porteur de plancher, tandis que les suspentes latérales soulagent l'entrait et reprennent les contre-fiches.

  • Ferme à la Mansart : Offre un maximum de volume pour les combles habitables, fonctionnant comme un portique. La stabilité des fermes dans leur plan est le principal défi, sans réduire le dégagement intérieur. Une solution consiste à utiliser des contre-fiches, nécessitant de fortes sections. Une autre solution est d'utiliser une ferme triangulée avec des poteaux moisés, la stabilité étant assurée par un contreventement dans le plan des entraits.

Le contreventement longitudinal est assuré par des liens placés entre les fermes dans le plan des poinçons. Ces liens, d'une section courante de 7,5 x 11 cm, sont fixés par tenons et mortaises ou par simple clouage entre les poinçons et la panne faîtière, avec une inclinaison proche de 45°.

Les Fermettes et Charpentes-Chevrons : L'Ère de l'Industrialisation

Les charpentes industrialisées, également appelées fermettes, sont constituées de planches en bois ou dérivés, assemblées par des plaques métalliques (connecteurs). Très économiques, elles sont largement utilisées dans les constructions neuves. Ces fermettes sont des éléments de charpente légère capables de franchir des portées allant jusqu'à 20 mètres. Elles permettent l'utilisation de parois intérieures non porteuses et offrent une grande flexibilité dans la conception des espaces intérieurs. Elles peuvent épouser pratiquement toutes les formes, y compris les courbes, et être conçues comme des poutres de grand élancement. Contrairement aux systèmes traditionnels, elles fonctionnent selon une logique de charges distribuées et sont généralement espacées de 60 cm, parfois jusqu'à 1,20 m. Elles reçoivent directement le support de couverture, économisant ainsi les pannes et chevrons. Un plafond peut être fixé sous les entraits si les combles ne sont pas utilisables, ou au niveau des arbalétriers si le volume de la fermette doit être utilisé visuellement.

Les fermes industrialisées sont le plus souvent fabriquées à partir d'épicéa et de sapin. Leur faible épaisseur requiert des bois présentant de bonnes caractéristiques mécaniques. Abritées et ventilées, elles ne présentent pas d'autres risques biologiques que ceux liés aux insectes. Les bois doivent avoir une durabilité naturelle ou conférée correspondant à la classe de risque 2.

Les charpentes-chevrons sont constituées principalement de chevrons de grand élancement (par exemple, 46 mm x 200 mm) assemblés par clouage. Les assemblages sont réalisés directement sur des pannes faîtières et sablières, ou entre chevrons et entraits par des goussets en contre-plaqué (CTB.X ou OSB). Comme pour les fermettes, elles fonctionnent selon une logique de charges distribuées et sont espacées généralement de 40 ou 60 cm.

Représentation schématique d'un assemblage moisé

Les charpentes-chevrons sont le plus souvent fabriquées à partir d'épicéa, de sapin, de douglas ou de pin sylvestre. Leur faible épaisseur conduit à utiliser des bois présentant de bonnes caractéristiques mécaniques. Mis en œuvre dans une ambiance non chauffée, les bois doivent avoir un taux d'humidité voisin de 18%, sans excéder 22%. Abritées et ventilées, elles ne présentent pas d'autres risques biologiques que ceux liés aux insectes.

Il existe trois grandes familles de charpentes-chevrons :

  • Système simple : Les chevrons sont fixés en tête contre une planche faîtière ou une panne faîtière, et en pied sur une sablière de mur ou une lisse fixée au-dessus des solives de plancher. Pour reprendre la poussée inférieure des chevrons, ceux-ci sont engravés. Les chevrons sont habituellement placés en opposition, mais peuvent être décalés au faîte pour faciliter leur fixation entre eux ou aux solives de plancher.

  • Chevrons formant ferme : Lorsque la portée des chevrons est importante, des dispositifs de renfort comme des entraits retroussés, des murs de décharge ou des contre-fiches peuvent être introduits. Les entraits retroussés doivent être situés entre le premier et le troisième tiers de la longueur des chevrons pour reprendre les charges de la toiture. Ces fermes sont souvent en appui sur un plancher, soumettant ce dernier à une légère traction et nécessitant des appuis bloqués pour limiter la flexion.

  • Chevrons formant ferme avec arbalétriers : Ces fermes ont été développées pour répondre à la demande d'usage des combles. Elles consistent à assembler deux chevrons formant arbalétrier et une solive formant entrait. Compte tenu des contraintes de flexion importantes sur les chevrons, ceux-ci doivent avoir une hauteur conséquente et sont souvent composés de profils en bois reconstitué. Le contreventement peut être assuré par des feuillards métalliques disposés en croix de Saint-André.

L'Entrait Retroussé Moise : Optimiser l'Espace et l'Esthétique

Le contreventement peut être assuré par des feuillards métalliques disposés en croix de Saint-André et cloués à plat sur les chevrons. Il permet l'aménagement des combles et libère les espaces, offrant ainsi la possibilité de créer une nouvelle zone de vie.

Pour bien comprendre son intérêt, il est essentiel d'expliquer la différence structurelle entre une ferme traditionnelle et une ferme dont l'entrait a été retroussé. L'entrait est la pièce de bois constitutive d'une ferme, parallèle au sol, qui repose sur les sablières des deux murs qu'elle franchit. Retrousser un entrait signifie rehausser cette pièce de bois afin qu'elle soit en partie haute de la ferme et non plus en partie basse. Une ferme traditionnelle, avec son poinçon (la pièce de bois qui divise la ferme en deux dans sa hauteur) et ses fiches, ne permet pas un aménagement complet des combles.

Le choix d'un entrait retroussé, et plus particulièrement d'un entrait retroussé moisé, élimine ces éléments structurants et libère totalement l'espace sous toiture. La "moise" intervient ici pour doubler les bois et "embrasser" le poinçon, assurant la solidité de cet assemblage. L'entrait retroussé moisé demeure un choix privilégié pour les architectes et les charpentiers qui cherchent à allier esthétique, fonctionnalité et optimisation de l'espace sous combles.

L'un des principaux avantages de l'entrait retroussé est l'optimisation de l'espace sous toiture. Au-delà de l'aspect pratique, il confère une esthétique particulière aux espaces intérieurs, avec une charpente apparente qui ajoute du caractère et de l'authenticité à la pièce.

La solution de créer un entrait retroussé moisé peut également être pertinente en après sinistre, suite à un incendie par exemple. Retrousser les pièces de bois permet de reprendre les forces et d'assurer le maintien de la structure, soit définitivement, soit en attendant le remplacement de la ferme.

La mise en œuvre de l'entrait retroussé moisé requiert une expertise technique spécifique. Les charpentiers doivent prendre en considération plusieurs facteurs, tels que le poids de la toiture, la distribution des charges et les spécificités du bâtiment, afin de garantir la sécurité et la pérennité de l'ensemble. L'entrait retroussé moisé est plus qu'une simple technique de charpente : c'est une solution architecturale qui allie fonctionnalité et pragmatisme. Que ce soit pour la rénovation de bâtiments anciens ou la conception de nouvelles constructions, il offre des possibilités intéressantes pour transformer l'espace sous toiture en un lieu de vie agréable et esthétique.

Illustration d'un entrait retroussé moisé dans une grange

Pour garantir un diagnostic précis et fiable concernant la structure de votre charpente, il est recommandé de consulter un bureau d'études spécialisé dans le sondage et le diagnostic structurel, tel que SODIAGS. Leur expertise assure une évaluation complète et précise, contribuant ainsi à la solidité et à la durabilité de votre projet. Le calcul précis des charges que la charpente doit supporter est essentiel pour choisir les matériaux adéquats et dimensionner correctement les moises et les éléments de fixation. Faire appel à un bureau d'études peut s'avérer essentiel pour garantir la réussite d'un projet de moisage de poutre.

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