La toiture, élément crucial de toute construction, assure protection et confort. Au-delà des matériaux de couverture visibles tels que les tuiles ou les ardoises, une structure interne joue un rôle fondamental dans la durabilité et la performance de votre toit : le lattis, et plus spécifiquement, les liteaux et le faîtage. Ces composants, souvent méconnus du grand public, sont pourtant les garants de la bonne tenue des matériaux de couverture, de la ventilation adéquate et de l'étanchéité fonctionnelle de l'ensemble de la toiture. Comprendre leur rôle, leur composition, leur pose et leur entretien est essentiel pour tout projet de construction ou de rénovation.
Qu'est-ce que le Lattis d'une Toiture et le Rôle des Liteaux ?
Le terme "lattis" désigne l'ensemble des pièces de bois qui constituent le support des matériaux de couverture. Au cœur de ce lattis se trouvent les liteaux. Il s'agit de simples pièces rectangulaires, généralement en bois, fixées horizontalement sur la charpente, plus précisément sur les chevrons. Leur rôle est multiple et technique : ils portent directement les matériaux de couverture (tuiles, ardoises, tavaillons, plaques), assurent un alignement précis de ces derniers, créent un espace propice à la ventilation et participent indirectement à l'étanchéité globale de la toiture. L'ensemble de la structure de liteaux qui soutient la couverture est parfois appelé litelage ou lattage.

Les liteaux sont donc invisibles une fois la couverture posée, mais leur importance est capitale. Ils répartissent le poids de la couverture sur les chevrons, évitant ainsi des points de pression localisés qui pourraient endommager la charpente. De plus, l'espace qu'ils créent entre le matériau de couverture et l'écran de sous-toiture (s'il y en a un) est vital pour la circulation de l'air, prévenant ainsi la condensation et la prolifération de champignons ou d'insectes xylophages.
Choix des Matériaux et Dimensions des Liteaux
Le choix des liteaux ne se limite pas à un simple profilé ; il s'agit d'une décision qui affecte la ventilation, l'étanchéité fonctionnelle et la longévité de la toiture. Les sections standard en France tournent souvent autour de 27x40 mm ou 40x40 mm. Le bois utilisé est principalement le sapin ou l'épicéa, car ces essences sont faciles à travailler et économiques. Il existe également des liteaux métalliques, moins courants dans la couverture traditionnelle en tuile, mais appréciés sur certains systèmes industriels ou pour des chantiers nécessitant une inertie face aux insectes xylophages.
La section du bois, c'est-à-dire ses dimensions, est un critère important. Bien que des dimensions comme 40x40 mm soient courantes, on peut trouver des liteaux avec des épaisseurs variant de 15 à 30 mm et des largeurs de 30 à 40 mm, tels que 27x40 mm ou 18x27 mm. Si le liteau est fendu, il est appelé latte.
L'essence du bois utilisé pour concevoir les liteaux est également cruciale pour la durabilité de la toiture. Le sapin, léger et peu coûteux, est idéal pour les toitures légères. Le pin, plus dense et résistant, convient aux toitures plus lourdes ou aux régions soumises à de fortes charges de neige. Le douglas offre une excellente résistance naturelle aux intempéries et aux insectes. Le chêne, bien que très durable, est plus lourd et plus cher, réservé aux toitures haut de gamme ou historiques.
La classe du bois est un élément déterminant de sa résistance aux attaques biologiques. Une classe 3 est le minimum requis pour les liteaux, leur conférant une résistance à une humidité occasionnelle. Un traitement en autoclave est alors recommandé. Pour les environnements très humides ou les toitures complexes, la classe 4 est idéale, nécessitant un traitement en autoclave obligatoire.
Il est important de distinguer un liteau d'un tasseau. Le liteau est spécialement conçu pour être un élément de charpente, dimensionné et traité pour supporter des charges importantes et résister aux intempéries, souvent normalisé selon les DTU. Un tasseau, quant à lui, est une pièce de bois de menuiserie non conçue pour des usages structurels et n'a pas les propriétés mécaniques ni le traitement nécessaire pour remplacer un liteau dans une structure de toiture.
Le Rôle Crucial du Contre-Liteau dans la Ventilation
Le terme "contre-liteau" désigne un élément qui, bien qu'anecdotique pour certains, transforme le travail des liteaux en un système ventilé performant. Posé perpendiculairement aux liteaux (donc verticalement sur les chevrons), le contre-liteau crée un espace technique entre l'écran de sous-toiture et les liteaux horizontaux.

Sur les toitures modernes équipées d'un écran de sous-toiture (membrane synthétique ou bitumineuse), le contre-liteau devient presque incontournable. Sans lui, l'écran pourrait être plaqué contre les liteaux, réduisant la lame d'air et favorisant la condensation. La ventilation de toiture fonctionne par circulation d'air entre l'entrée (rives, rive basse) et la sortie (faîtage). Les contre-liteaux maintiennent un espace continu pour l'air, ce qui évite la stagnation. Sans une ventilation suffisante, l'humidité de l'air intérieur traversant l'écran peut se condenser sur les bois froids, favorisant les attaques fongiques. Le contre-liteau s'impose systématiquement lorsque l'on pose un écran pare-pluie. Il est également recommandé sur les toitures anciennes qui passent en ventilation "revamped" lors d'une réfection complète. L'ajout de contre-liteaux peut transformer un toit humide en un toit respirant en rétablissant un flux d'air continu vers le faîtage.
La Pose des Liteaux : Une Logique Rigoureuse
La pose des liteaux suit une logique rigoureuse, essentielle pour assurer la performance de la toiture. La première étape consiste souvent à dérouler et tendre l'écran de sous-toiture sur les chevrons. Cet écran protège contre les infiltrations accidentelles et doit être posé avec soin, en respectant les recouvrements recommandés par le fabricant.
Ensuite, la mise en place des contre-liteaux, posés verticalement, assure la lame d'air nécessaire à la ventilation.
Le calcul du pureau représente l'espacement entre deux liteaux et est un élément crucial. Cet espacement n'est pas standardisé et dépend de plusieurs facteurs : le type de couverture (tuiles, ardoises, etc.), le poids du matériau de couverture, la pente du toit et les conditions climatiques locales (charges de neige, exposition au vent), ainsi que les spécifications du fabricant de tuiles ou d'ardoises. Une tuile canal demandera un pureau plus large qu'une tuile plate, par exemple. Il est recommandé d'effectuer un calepinage : mesurer la hauteur utile depuis l'avant-toit jusqu'au faîtage et définir le nombre de liteaux nécessaires pour optimiser le travail.
Les liteaux sont ensuite cloués ou vissés sur les contre-liteaux. On privilégie des clous galvanisés ou des vis inoxydables afin d'éviter la corrosion. Pour les bricoleurs, des astuces pratiques existent : marquer les emplacements des liteaux sur les chevrons à l'avance, utiliser des cales pour maintenir la régularité et procéder par lignes successives.
Pour éviter le basculement des tuiles ou des ardoises de la première rangée (au niveau de l'égout), on ajoute un liteau supplémentaire le long de la rive d'égout. Ce liteau de basculement servira de support pour le bord inférieur des tuiles.
Une vérification et des ajustements sont nécessaires une fois les liteaux posés pour assurer leur alignement et leur solidité, garantissant ainsi une surface parfaitement plane pour la pose des matériaux de couverture.
alignement des tuiles et distance des liteaux
Le Faîtage : Clôture et Ventilation de la Toiture
Le faîtage est l'arête supérieure d'une toiture, là où les deux pans se rejoignent. Sa mise en œuvre dans les règles de l'art est primordiale pour assurer la pérennité de l'ouvrage, notamment en partie haute où la ventilation est essentielle.
Trois grands principes existent pour réaliser les faîtages en tuiles : scellés au mortier, à sec avec un closoir ventilé, ou à sec avec des tuiles sous-faîtières. Quel que soit le cas, un faîtage est toujours composé de trois éléments : une tuile faîtière, une lisse de rehausse et un complément d'étanchéité. Ce dernier peut être un closoir ventilé ou une sous-faîtière pour les faîtages à sec, ou un mortier pour les faîtages scellés.

Le choix entre ces techniques peut être esthétique, souvent en accord avec les traditions régionales. Dans tous les cas, il est indispensable de se référer aux spécifications de pose des fabricants.
La pose d'une lisse de rehausse est souvent nécessaire. Choisie en fonction du modèle de tuile, de la pente de la toiture et du modèle de faîtière, elle peut être obtenue en superposant des liteaux. Le closoir ventilé, un complexe en PVC et aluminium, se pose sur cette lisse et se plaque sur le dernier rang de tuiles. Il doit obligatoirement présenter un Avis technique du CSTB. Les tuiles faîtières sont ensuite fixées au moyen de crochets adaptés, vissés dans la lisse de rehausse. La fixation d'un fronton en bout de faîtage parfait la finition tout en masquant les bois de charpente.
Dans le cas d'un faîtage scellé, une technique principalement utilisée dans le Sud de la France sur des tuiles canal, du mortier est étalé en haut de pente. Ce mortier, peu rigide, permet d'absorber les mouvements des bois de la charpente. Les tuiles faîtières sont ensuite positionnées, leur surface ayant été préalablement mouillée pour assurer une bonne adhérence. Le mortier est arasant au moyen d'une langue de chat pour obtenir une finition propre. Un nettoyage des tuiles est essentiel pour éviter les taches de mortier. Le fronton est également scellé au mortier.
Sur certaines tuiles, un rang de sous-faîtières peut être mis en place, suivi du fronton pour parachever l'ensemble.
Durabilité, Entretien et Normes
Les liteaux sont exposés aux agressions biologiques et climatiques. Bien que souvent protégés par la couverture, ils subissent l'humidité, les attaques d'insectes xylophages et la colonisation de champignons lignivores si la ventilation est déficiente. La prévention commence par le choix du bois et le traitement préventif. Les liteaux peuvent être traités en usine ou sur chantier avec des produits insecticides et fongicides adaptés.
Un contrôle visuel après intempérie permet de repérer des signes précoces de dégradation : tuiles affaissées, zones molles au niveau des liteaux, traces de sciure ou galeries. En présence de ces signaux, intervenir rapidement évite la propagation des dégâts. La procédure de remplacement suit des étapes classiques : retirer les éléments de couverture, ôter le liteau endommagé, préparer un liteau neuf traité ou en essence durable, l'installer en respectant l'alignement, puis remettre la couverture. Ces étapes simples limitent considérablement les risques.
L'entretien des liteaux est un élément crucial pour garantir la longévité et l'efficacité de votre toiture. Un suivi régulier et des interventions appropriées peuvent considérablement prolonger la durée de vie de ces composants essentiels. L'examen minutieux des liteaux doit être effectué tous les 2 à 5 ans. Recherchez tout signe de décoloration, de fléchissement, de pourriture ou d'infestation par les insectes.
Une bonne circulation d'air dans les combles est primordiale pour prévenir l'accumulation d'humidité. Assurez-vous que les entrées d'air au niveau des avant-toits et les sorties en faîtage sont dégagées et fonctionnelles.
Le renouvellement du traitement des liteaux tous les 10 à 15 ans permet de maintenir leur protection. L'application d'un produit combinant des propriétés insecticides et fongicides est recommandée. Dès qu'un liteau présente plus de 20% de sa section endommagée ou des signes visibles de détérioration, il convient de procéder à son remplacement.
Dans des conditions normales et avec un entretien régulier, un liteaunage bien installé peut durer de 30 à 50 ans. Cette durée peut varier en fonction de la qualité des matériaux, des conditions climatiques, de la ventilation de la toiture et du type de couverture. La réutilisation d'anciens liteaux lors d'une rénovation est possible uniquement après une inspection minutieuse et s'ils sont en parfait état ; dans la plupart des cas, un remplacement complet est recommandé.
Les professionnels doivent connaître les normes suivantes : DTU 40.1 et 40.2 qui définissent les règles de mise en œuvre des couvertures en tuiles et ardoises, ainsi que la norme européenne NF EN 14081 pour le bois de structure.
Le prix des liteaux de toiture se calcule au mètre linéaire et varie selon le type de bois, sa classe et sa section. Le coût de la pose des liteaux, appelé liteaunage, est généralement facturé par mètre carré par un couvreur professionnel et dépend de la complexité du toit. Choisir intelligemment entre coût initial et durabilité permet souvent de réduire le coût total sur la durée de vie du toit.
Les éléments de murets, tels que les chaperons et les couvertines, bien que distincts des liteaux, jouent un rôle similaire dans la protection et la finition des structures extérieures, assurant ainsi une meilleure longévité et une protection contre les intempéries.
En résumé, le lattis, constitué des liteaux et souvent complété par des contre-liteaux, ainsi que le faîtage, sont des éléments fondamentaux qui, par leur conception et leur pose rigoureuse, garantissent la performance, la durabilité et la sécurité de votre toiture. Le respect des normes et un entretien régulier sont les clés pour assurer la longévité de ces composants essentiels.
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