La question des déchets dangereux à proximité de l'Oncopole de Toulouse est un sujet de préoccupation majeure, soulevant des inquiétudes quant à la sécurité sanitaire et environnementale de la région. Les terrains de l'ancienne poudrerie, situés tout près de ce pôle d'excellence dédié à la recherche sur le cancer, semblent receler des dangers potentiels qui nécessitent une attention urgente et une gestion rigoureuse.
La Promesse Oubliée de la Dépollution
En janvier 2017, lors d'un déplacement à Toulouse, le Premier ministre Bernard Cazeneuve avait annoncé le début des travaux de dépollution des terrains de l'ex-poudrerie près de l'Oncopole, avec un calendrier prévisionnel à partir de 2022. Cependant, depuis cette annonce, un silence radio règne, laissant planer le doute sur la concrétisation de ces engagements. Le site des Ballastières, en particulier, est au cœur des préoccupations.

Trois mois après cette déclaration, le ministère de la Défense n'avait toujours pas fourni de calendrier précis concernant le traitement de ce site. Pourtant, la proximité de l'Oncopole, où travaillent près de 3 000 salariés, rend ce lieu particulièrement sensible. Le risque est jugé important car, depuis la fin de la Première Guerre Mondiale, environ 5 000 tonnes de nitrocellulose sont enfouies dans quatre bassins sur le site des Ballastières. Il est crucial de rappeler qu'à l'état sec, la nitrocellulose est un explosif. Selon la Direction Générale de l'Armement (DGA), une dépollution complète du site nécessiterait cinq années de travaux.
L'Interpellation des Élus Face au Silence Ministériel
Face à cette situation, le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, a manifesté son mécontentement à l'égard du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qu'il a accusé de "mépris". Ce n'est pas la première fois que l'élu local adresse un courrier au gouvernement à ce sujet. En mars 2017, il a une nouvelle fois pris sa plume pour exhorter le gouvernement à s'engager sur un calendrier détaillé. "C'est la quatrième lettre que je vous adresse à ce sujet, auquel vous ne répondez toujours pas", a souligné Jean-Luc Moudenc dans son courrier daté du 7 mars 2017.
La Complexité de la Gestion des Déchets : Le Cas de l'UVE de Toulouse
Au-delà des questions de dépollution de sites industriels historiques, la gestion quotidienne des déchets sur le territoire toulousain soulève également des enjeux importants. Une visite à l'Unité de Valorisation Énergétique (UVE) de Toulouse, l'une des plus grandes de France, organisée par l'équipe d'Hector le Collector à l'initiative de Zero Waste Toulouse, a permis de mieux comprendre le devenir des déchets ménagers une fois la poubelle refermée.

Ce lieu, ouvert au public, représente le point final du parcours de nombreux déchets produits dans la métropole. Des milliers de tonnes d'ordures y sont traitées chaque année, transformées en énergie et en résidus. Loin des clichés associés aux incinérateurs, l'UVE du Mirail, mise en service il y a plus de 50 ans, est présentée comme une installation propre, structurée et conçue pour la sensibilisation du public. Aucune odeur particulière n'y est perceptible.
Le Fonctionnement d'une Unité de Valorisation Énergétique
L'incinérateur du Mirail est exploité dans le cadre d'un contrat de délégation de service public piloté par le syndicat mixte Decoset, qui regroupe Toulouse Métropole et d'autres intercommunalités voisines. L'entreprise Suez, sous l'enseigne Evoneo, opère désormais l'usine suite à un marché public récent. L'installation a une capacité de traitement annuelle de 320 000 tonnes de déchets, ce qui en fait l'un des plus grands incinérateurs du pays. En 2022, chaque habitant du territoire de Decoset a produit en moyenne 436 kg de déchets, dont environ 250 kg d'ordures ménagères résiduelles par personne.
Le processus débute par le déversement des déchets dans une fosse impressionnante, d'une longueur de 60 mètres et d'une largeur de 11 mètres, capable de contenir jusqu'à 4 000 tonnes d'ordures. Un pontier, à l'aide d'un grappin géant, manipule ces déchets et les déverse dans la trémie d'alimentation des fours. Ce ballet mécanique, orchestré par des opérateurs concentrés devant leurs écrans de contrôle, assure l'alimentation continue des deux lignes de fours.
La combustion s'effectue à une température minimale de 850°C, souvent autour de 1000°C, pour garantir la destruction des composés nocifs. Des dispositifs de contrôle sophistiqués surveillent en temps réel les températures des fours, le taux d'oxygène, le niveau des cuves et les émissions atmosphériques, permettant de piloter l'ensemble de l'usine depuis une salle de contrôle digne d'une tour de contrôle d'aéroport.
Les Résidus de l'Incinération : Mâchefers et REFIOM
Malgré l'incinération, des résidus subsistent. Les mâchefers, scories et cendres pesantes, représentent environ 25% du poids initial des déchets. Ils sont refroidis, criblés et déferraillés avant d'être potentiellement valorisés. Les cendres et résidus plus fins issus de l'épuration des fumées, appelés REFIOM (résidus d'épuration des fumées d'incinération des ordures ménagères), ne constituent qu'environ 3% de la masse traitée, mais sont les plus problématiques en raison de leur concentration en métaux lourds, dioxines et autres polluants piégés par les filtres. Ces REFIOM doivent être stabilisés et envoyés en centre de stockage de déchets dangereux. Depuis 2024, l'usine du Mirail met en place un tri plus poussé de ces REFIOM pour en extraire certaines fractions valorisables et réduire le volume ultime envoyé en déchetterie spécialisée.
Les eaux usées générées par le lavage des fumées et le refroidissement sont traitées sur le site par une station d'épuration dédiée, avant d'être rejetées dans le respect des normes. Les boues issues de cette épuration sont, quant à elles, réincinérées dans le four.
La Valorisation Énergétique et Matérielle
L'incinération permet également de produire de l'énergie. La chaleur des fours, supérieure à 1000°C, est utilisée pour chauffer de l'eau dans une chaudière, produisant de la vapeur qui alimente une turbine couplée à un alternateur pour générer de l'électricité. Une partie de cette vapeur est injectée dans un réseau de chaleur urbain pour alimenter le quartier environnant. En moyenne, une tonne de déchets incinérée produit 1000 kWh d'énergie récupérée.
La valorisation matière est également optimisée grâce à des équipements qui permettent de récupérer un maximum de métaux présents dans les mâchefers. Un électro-aimant attire les ferrailles, tandis qu'un séparateur à courants de Foucault extrait les métaux non ferreux comme l'aluminium et le cuivre. Plusieurs milliers de tonnes de métaux sont ainsi extraites chaque année des résidus de l'incinérateur du Mirail pour être recyclées.
Le cycle de vie d'un produit | De déchet à ressource | NAECO
L'Épineuse Question des Déchets Électroniques et l'Empreinte Numérique
Un cas récent a mis en lumière les dérives possibles dans la filière de traitement des déchets, notamment électroniques. Des ordinateurs de l'Institut universitaire du cancer de Toulouse ont été retrouvés dans une décharge à Accra, au Ghana, où des déchets électroniques sont brûlés à ciel ouvert. Cette affaire, révélée en octobre 2025, soulève des questions sur la traçabilité de la filière de recyclage agréée par le CHU de Toulouse, alors que la loi européenne interdit l'exportation de matériel non fonctionnel hors de l'UE.
À des milliers de kilomètres de Toulouse, des personnes brûlent des carcasses d'ordinateurs pour en extraire le cuivre et l'aluminium. Cette combustion à ciel ouvert libère des métaux lourds et des substances toxiques, créant une ironie tragique : un centre dédié à la lutte contre le cancer voit son ancien matériel finir dans un circuit susceptible d'alimenter des pathologies graves.
L'Oncopole assure avoir respecté la procédure en vigueur en 2022, déclarant que le matériel réformé était déposé dans des caisses grillagées dédiées avant d'être collecté par un éco-organisme agréé. L'établissement regrette qu'un ordinateur étiqueté Institut universitaire du cancer de Toulouse-Oncopole se retrouve au Ghana dans des conditions très éloignées de celles mises en place pour respecter son engagement RSE. Le CHU de Toulouse, quant à lui, affirme que l'ordinateur "ghanéen" ne provient pas de son parc et n'a pas transité par l'établissement, invoquant une traçabilité complète de ses ordinateurs et la possibilité d'un appareil volé.
Au-delà du cas toulousain, cette affaire met en évidence l'ampleur invisible de l'empreinte numérique. Pour un kilogramme de déchet électronique, près de 100 kg de ressources sont mobilisés en amont.
L'Héritage Dangereux de l'Ex-Usine AZF
La problématique des déchets dangereux à Toulouse n'est pas nouvelle et remonte à l'explosion de l'ancienne usine AZF le 21 septembre 2001. Le site, qui produisait des engrais et divers produits chimiques, comportait des stockages importants de substances dangereuses : ammoniac, chlore, nitrates d'ammonium. L'ouverture d'un pôle européen de recherche sur le cancer sur ce terrain de 70 hectares au sud de Toulouse a nécessité des mesures particulières de contrôle de dépollution pour éviter tout problème sanitaire futur.

La réhabilitation du site AZF est encadrée par un arrêté préfectoral qui s'appuie sur les propositions de réhabilitation et l'étude détaillée des risques remise par la société Grande Paroisse, ancien exploitant du site. Cette étude, soumise à expertise et avis des services de l'État, a permis d'appréhender les risques résiduels pour la santé humaine. Les préconisations de dépollution retenues visent à assurer un niveau de protection dépassant les objectifs réglementaires nationaux. La société Grande Paroisse porte l'entière responsabilité du traitement de la pollution, devant remettre le site en état selon les termes de la loi. Un plan d'assurance qualité a été mis en place, incluant des contrôles par un organisme indépendant sur la contamination résiduelle des sols. La surveillance des eaux souterraines, via trente-quatre ouvrages de contrôle, permet de vérifier que la phase de réhabilitation ne génère pas de pollution diffuse. La société Grande Paroisse doit également informer par écrit les futurs propriétaires des terrains des pollutions résiduelles. Ce projet de réhabilitation a fait l'objet de nombreuses actions d'information et de concertation locales.
L'Évolution de la Gestion des Déchets et la Nécessité d'une Sobriété Accrue
Le traitement des ordures ménagères de Toulouse est géré par le syndicat Decoset. L'incinérateur du Mirail, mis en service en 1968, a été progressivement intégré dans le tissu urbain avec l'étalement de l'agglomération. La ville de Toulouse en a confié l'exploitation à la Société d'Exploitation Thermique du Mirail (SETMI), une filiale de Veolia. L'agrandissement prévu de la capacité de traitement de l'incinérateur, passant de 285 000 à 330 000 tonnes par an, soulève des inquiétudes quant à une augmentation potentielle des rejets et nuisances.
Malgré les améliorations apportées au traitement des rejets des incinérateurs, cette activité reste extrêmement polluante et génératrice de nuisances. L'incinération ne fait pas disparaître les déchets ; elle les transforme en résidus solides (mâchefers) et en fumées. Le risque principal posé par l'utilisation des mâchefers réside dans leur comportement face aux écoulements d'eau, qui peut entraîner la diffusion de polluants.
La véritable conclusion à tirer de ces constats est la nécessité d'agir en amont. Moins nous produirons de déchets, moins nous dépendrons d'usines coûteuses et imparfaites. Trier mieux, valoriser les biodéchets, éviter le gaspillage et les produits jetables, réparer et réutiliser autant que possible sont autant de gestes individuels qui, multipliés, peuvent réduire la quantité de déchets à traiter. L'incinération pourrait rester nécessaire comme solution de rattrapage, mais le modèle de gestion des déchets doit impérativement évoluer vers plus de sobriété et d'économie circulaire. Hector collecte, par exemple, tous les biodéchets des professionnels à Toulouse pour les valoriser et les transformer en énergie verte, illustrant une démarche prometteuse dans la gestion des déchets.
tags: #dechets #dangereux #graviere #oncopole
