Le Tragique Destin de Marie-Antoinette : Une Reine Face à la Guillotine

Le 14 octobre 1793, à 8h30 du matin, Marie-Antoinette fait son entrée dans la salle de la Liberté du Tribunal révolutionnaire. Âgée de bientôt 38 ans, elle accuse le poids des épreuves : ses cheveux ont blanchi prématurément, la maladie la consume. Elle porte le deuil de son époux, Louis XVI, guillotiné au début de cette année fatidique. Extraite de force de son cachot à la Conciergerie, où elle est détenue au secret depuis le 2 août, elle fait face à un destin scellé. Depuis des mois, les sans-culottes parisiens réclament sa tête. La jeune République, à peine âgée d'un an, se sent menacée de toutes parts et a besoin d'un grand exemple, d'une vengeance terrible. La reine déchue incarne le mal absolu, la coupable idéale à travers laquelle on s'apprête à juger tous les maux de l'ancienne monarchie : la tyrannie, la duplicité, les trahisons. Son procès, joué d'avance, s'étalera sur deux jours et deux nuits, presque sans discontinuer.

Dans la salle d'audience, c'est la Révolution entière qui l'attend : l'accusateur public Antoine-Quentin Fouquier-Tinville, le président du tribunal Martial Joseph Herman, un proche de Maximilien de Robespierre, et Jacques-René Hébert, le redoutable rédacteur du Père Duchesne, qui l'injurie depuis des mois. Les quinze jurés sans-culottes, tous acquis à la cause révolutionnaire, condamneront la reine à mort dans deux jours. Ce procès est éminemment politique et servira de modèle à de nombreux autres. Cependant, il est aussi un procès raté, tant dans son organisation et son déroulement que dans ses effets, déformés et disloqués par le jeu de la mémoire collective qui s'en emparera pendant deux siècles.

Marie-Antoinette devant le Tribunal révolutionnaire

Le Silence de la Dignité Face à la Haine

Tout commence par un silence. Après avoir jugé, condamné et exécuté l'ancienne reine de France, transformée par la République en « Marie-Antoinette dite de Lorraine d’Autriche, veuve de Louis Capet », le 16 octobre 1793, place de la Révolution, les révolutionnaires furent surpris par la contenance, le courage et la fermeté de cette femme, pourtant tragiquement seule, brutalement arrachée à ses enfants, moralement détruite et physiquement affaiblie.

Si la guillotine fut, sous la Révolution, un spectacle et une fête, elle fut aussi vécue par les spectateurs des exécutions politiques comme le théâtre de la vengeance patriotique et de l'expiation des coupables. Les condamnés étaient censés faire amende honorable et offrir leur mort à la Révolution par la contrition. Rien de tel avec la reine déchue, doublement coupable aux yeux de ses juges de complot et de trahison contre la nation. Nuls pleurs, nulles plaintes, nulles paroles. Il n'y eut avec elle que le silence de la dignité face aux injures et à la mort.

Le député montagnard Antoine Guffroy regrettera quelques jours plus tard, dans son journal, que la victime n'ait pas bronché, alors que le peuple, prisonnier de sa haine contre « l'Autrichienne », n'avait pas été à la hauteur de l'événement. Il écrit : « Ce eût été une chose intéressante à voir que le spectacle d’une reine conduite au supplice au milieu de la satisfaction silencieuse d’un grand peuple. […] La majesté du peuple a été éclipsée par ce bruit bête et insolent [de] : “À bas ! À bas !” ». Le rédacteur du Salut public, une autre feuille d'obédience jacobine, aurait souhaité que son exécution ait été « un grand exemple de justice » et que « son nom [reste] à jamais en horreur à la postérité ».

Jacques-René Hébert, le sans-culotte qui la haïssait, fulmine : « la garce, a été audacieuse et insolente jusqu’au bout ». Et puis, la roue de la Révolution tourne trop vite pour que l'on puisse s'attacher longtemps au souvenir de son exécution. On se réjouira bien pendant quelques semaines du châtiment de « l’impudique Capet », on regrettera que son supplice ait été « trop doux pour ses forfaits », et puis on passera à autre chose. La République, en guerre contre l'Europe, a d'autres chats à fouetter. Comme l'écrivent les membres du Tribunal criminel militaire de l'armée du Nord : « Puisque Antoinette ne vit plus, il faut, s’il se peut, oublier qu’elle ait jamais existé. »

Le Silence des Survivants et l'Ombre de la Politique

Ce silence émane non seulement des ennemis de Marie-Antoinette, qui ont vécu son procès et sa mort comme une victoire en demi-teinte, mais aussi, et de manière plus surprenante, de ses soutiens. Dans l'entourage des Bourbons en exil, on est soulagé de la mort de Marie-Antoinette, qui simplifie en un sens la succession. Il faut dire que les frères de Louis XVI s'opposaient à celle qui, jusqu'au bout, prétendait se réserver les droits à la régence de ce qui n'était déjà plus le royaume de France. Même silence gêné à Vienne, au sein du gouvernement et de la famille impériale. La fille de l'impératrice Marie-Thérèse a été abandonnée par son neveu, l'empereur François II, au nom du cynisme politique.

Toutes les tentatives d'échanges amorcées dans les semaines précédant son procès et sa mort se sont soldées par une fin de non-recevoir de la part de la cour de Vienne. François II, en guerre contre la République, était en position de force. Il préférait de loin mettre la main sur quelques places fortes françaises plutôt que de signer un armistice en échange de la vie désormais inutile de sa tante.

Beaucoup plus tard, Napoléon Bonaparte, devenu en 1810 le neveu par alliance de l'ancienne reine par son second mariage avec Marie-Louise d'Autriche, note à Sainte-Hélène, dans ses confidences à Emmanuel de Las Cases : « C’était une maxime établie dans la Maison d’Autriche, que de garder un silence profond sur la reine de France. Au nom de Marie-Antoinette, ils baissent les yeux et changent significativement de conversation pour échapper à un sujet désagréable et embarrassant. » Ainsi, sur le moment, personne ne songe à exploiter son exécution sur un plan politique ou militaire.

L'émigré et publiciste royaliste Jacques Mallet du Pan s'en plaint dans une lettre adressée au cabinet de Londres en mars 1794 : « La Convention fait assassiner la reine de France, sœur du chef de l’Empire, et cet événement reste abandonné aux récits de quelques folliculaires ignorés. Pas un orateur de votre Parlement n’a daigné le rappeler. Les cours ont paru si peu occupées de cette catastrophe que le public en a bientôt perdu la trace. On a laissé s’éteindre au bout de quinze jours la première impression de cette mort. »

La Réhabilitation Posthume : Entre Deuil et Réécriture de l'Histoire

Il faut attendre le retour de Louis XVIII, le frère cadet de Louis XVI, sur le trône de France en 1814, pour que l'on recommence à parler de Marie-Antoinette, de son procès et de sa mort. En 1816, le gouvernement lui consacre une chapelle à la Conciergerie, à l'emplacement de son ancien cachot. La même année, François-René de Chateaubriand donne le ton dans l'un de ses discours à la Chambre des pairs : « Le premier crime de la Révolution est la mort du roi, le crime le plus affreux est la mort de la reine. »

Madame de Staël qualifie son exécution de « crime inutile », perpétué contre une femme sans défense, qui n'eut « d’autres buts que d’inspirer l’effroi ». Tout cela sent la repentance à plein nez. On veut bien pardonner aux anciens révolutionnaires, mais encore faut-il que ceux à qui l'on pardonne fassent leur acte de contrition. Dans cette foulée, Louis XVIII fait lire dans toutes les églises de France, le jour anniversaire de sa mort, la dernière lettre écrite par la condamnée, quelques heures avant son exécution, à sa belle-sœur, Madame Élisabeth, et « miraculeusement » retrouvée 23 ans plus tard.

On l'entoure de larmes, de litanies et d'encens. Des sœurs cloîtrées prient pour elle un peu partout en France. Le paysan beauceron Martin de Gallardon, que beaucoup prendront pour un saint, fait de la réhabilitation de la suppliciée la condition préalable de toute restauration monarchique légitime. C'est à ce moment-là aussi, dans les années 1815, que l'on publie les premiers témoignages relatifs à son procès, en particulier celui de son avocat, Claude François Chauveau-Lagarde.

Chapelle expiatoire, Paris

Partout, il n'est question que de la « bonté », de la « douceur », de la « résignation », du « courage » et de la « présence d’esprit » de la reine. Les accusations d'inceste sur son fils, le jeune Louis XVII enfermé à la tour du Temple, portées contre elle par Hébert, sont qualifiées « d’infernales calomnies ». Il n’est question au sujet de ses derniers jours que de « sacrifice », de « sacrilège », de « cortège funèbre ». Tous ces récits sont truffés d’allusions à la Passion du Christ. Lorsque l'accusée demande à boire et qu'on le lui refuse, on fait le commentaire suivant : « On ne lui présenta pas du vinaigre, mais - ce qui est peut-être pire - personne n’osa étancher sa soif. »

Derrière l'échafaud de Marie-Antoinette se dresse la croix du Golgotha. C'est à travers ces premiers récits que s'échafaude la mémoire doloriste de la reine martyre. Les romantiques vont s'en donner à cœur joie. Honoré de Balzac d'abord, Victor Hugo ensuite, font des cachots de la Conciergerie, où Marie-Antoinette séjourna avant de comparaître devant le Tribunal révolutionnaire, un univers quasi onirique, définitivement hérissé de grilles, de crochets et de clous. Avec eux, « l’antichambre de la mort » devient l'antre sombre du dieu Hadès.

La palme revient sans doute à l'écrivain mystique Léon Bloy, qui, à l'autre bout du XIXe siècle, fait de la reine martyre « la blonde chevalière de la mort ». Son texte éponyme, publié une première fois en 1891, a des allures de poème apocalyptique. La Révolution et ses partisans y sont piétinés rageusement dans une sorte de jeu de massacre jubilatoire. Le voyage mortel de Marie-Antoinette s'achève dans la salle de la Liberté du Tribunal révolutionnaire, décrit par Bloy comme l'antre satanique du mal. Il écrit : « Qu’on se représente cette vaste salle du Palais, pleine à craquer d’une masse nauséabonde de sans-culottes, trépignant, mangeant, applaudissant ; le rétiaire de l’innocence, Fouquier-Tinville, avec sa bande et son tréteau ; quelques lampes rayant de leur sale lumière l’obscurité de cette humide nuit d’octobre, et faisant paraître plus livides les abjectes physionomies de ce rassemblement d’assassins privés de sommeil […]. »

Avec Bloy, Marie-Antoinette change de condition. Elle n'était jusqu'alors qu'une martyre ; elle touche désormais à la sainteté. Aux yeux de l'écrivain, elle est morte innocente à cause de la chute d'Adam, pour le rachat de la faute du premier homme. Son sang lave les fautes de l'humanité souffrante tout entière. Il conclut, triomphal : « Tu régneras par ce signe, ô XIXe siècle ! »

La Controverse Historiographique : Entre Culpabilité et Symbole

Le propre des mémoires de Marie-Antoinette est qu'elles ne cessent d'évoluer, de se croiser, de se contredire et de s'invectiver, comme dans un dialogue de sourds, comme si elles cherchaient à se fortifier de leurs oppositions mutuelles. Car, du côté des anciens régicides et dans la tradition de l'historiographie républicaine, on est évidemment certain de sa culpabilité, mais il faut attendre un demi-siècle pour l'entendre s'exprimer clairement.

En écrivant leurs mémoires sous la Restauration, les régicides, envoyés pour la plupart en exil, se gardent bien de parler de ce qui fâche et s'abstiennent en général d'évoquer le procès et la condamnation à mort de Marie-Antoinette. Les accusations reviennent vite, sous la Monarchie de Juillet, à la faveur de la publication des premières grandes histoires de la Révolution, qui restent encore aujourd'hui la base de notre historiographie républicaine.

Albert Laponneraye, premier éditeur des œuvres de Robespierre, républicain et socialiste, emporte la palme dès 1838. Son réquisitoire est implacable. On y aperçoit déjà, mêlés aux accusations politiques de trahison et de complot, l'esquisse d'un jugement de Marie-Antoinette fondé sur le principe de la lutte des classes, tout comme la reprise de la vieille méfiance révolutionnaire contre les femmes : « Ceux qui sont sans entrailles pour les opprimés et qui n’ont de commisération et de sollicitude que pour les oppresseurs, ceux-là ont protesté contre la condamnation et la mort de Marie-Antoinette, en disant que le glaive révolutionnaire aurait dû épargner une faible femme. Eh ! Sans doute, il aurait dû l’épargner ; mais pour cela il fallait que cette faible femme se renfermât dans les attributions de son sexe, et qu’elle n’en sortît pas pour faire les malheurs de la France. Ce qui rendit la mort de l’ex-reine de France inévitable, […] c’est que Marie-Antoinette avait activement trempé dans tous les complots de la cour, c’est qu’elle avait été l’âme toute puissante de toutes les machinations dont le but était de faire rentrer le peuple dans la servitude. » Tout est dit.

L'historien socialiste Louis Blanc le suit de près, pour qui le réquisitoire de l'accusateur public Fouquier-Tinville lu devant la reine au début de son procès est « implacable, mais juste ». Et après lui Jules Michelet, qui ne doute pas de la trahison de cette dernière : « La reine était coupable, elle avait appelé l’étranger. Cela est prouvé aujourd’hui. » La tradition se poursuivra chez les historiens du XXe siècle, d'Alphonse Aulard et Albert Mathiez à Albert Soboul. On prêtera encore à Marie-Antoinette mille autres visages, jusqu'à en faire une sorte de diva des sleepings, de fashion addict, ou même d'égérie gay. Tout cela montre combien la figure de l'ancienne reine de France est longtemps restée, et reste peut-être encore, prisonnière d'une Révolution vécue comme notre principal « mythe fondateur », tant du côté de ses thuriféraires que de ses adversaires. L'histoire de la Révolution est comme submergée par sa mémoire, une mémoire dessinée en noir et blanc, toute en opposition de haine et d'amour, toute en déformations.

L'historien doit donc s'efforcer de restituer la mémoire du passé dans le temps long de ses avatars, s'il veut comprendre les événements ou les personnages qui s'y cachent, quelle que soit sa position, quel que soit son questionnement. Alors, peut-être, au-delà de ses dépouilles successives, rendra-t-on un jour Marie-Antoinette à elle-même, et sa mort à ce qu'elle a été : l'élimination politique et symbolique d'une reine autant que d'une femme, autant que d'une mère. Sa mort est beaucoup plus qu'« un épisode sous la Terreur », pour reprendre le titre d'une nouvelle de Balzac.

Culture Juridique : Le Procès de Marie-Antoinette - 1793

L'Exécution : Un Acte Symbolique et Politique

L'exécution de Marie-Antoinette est l'application de la condamnation à la peine capitale par guillotine de Marie-Antoinette d'Autriche, ancienne reine de France et de Navarre et ancienne reine des Français. Le mercredi 16 octobre 1793, vers 10 heures du matin, les quatre juges et le greffier du Tribunal révolutionnaire entrent dans la pièce où se trouve Marie-Antoinette. Ils lui font lecture de la sentence. À la fin de la lecture, le bourreau Henri Sanson lui attache les mains derrière le dos. Il lui ôte ensuite sa coiffe et lui coupe les cheveux.

Marie-Antoinette franchit la grille de la Conciergerie, emmenée par Henri Sanson, et se dirige vers la cour du Mai où l'attend une charrette. Il s'agit d'un plateau de bois, posé sur des essieux, et tiré par deux percherons. L'abbé Girard, curé de Saint-Landry, prêtre constitutionnel désigné par le Tribunal révolutionnaire, l'accompagne en tant que confesseur. N'ayant pas eu le choix de son prêtre, contrairement à Louis XVI, Marie-Antoinette refuse les services de celui qui lui est imposé. Le bourreau se place derrière la reine déchue, son aide est assis au fond de la charrette.

Sortie de la cour du Mai, la charrette roule lentement au travers de la foule. 30 000 hommes de troupe forment une haie tout au long du parcours. Vers midi, le véhicule apparaît sur la place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde). Marie-Antoinette descend de la charrette. Elle gravit l'échelle menant à l'échafaud, perdant l'un de ses souliers (lequel fait aujourd'hui partie de la collection du musée des beaux-arts de Caen). La légende dit que l'ancienne reine a marché, avec l'autre soulier, sur le pied du bourreau et que ses dernières paroles ont été : « Monsieur, je vous demande pardon, je ne l'ai pas fait exprès ». Les aides l'attachent sur la planche, le couperet tombe.

Marie-Antoinette est inhumée au cimetière de la Madeleine dans la même fosse commune que son mari, le « ci-devant » Louis XVI. L'acte de décès de la « veuve Capet » est établi le 24 octobre 1793. L'original de l'acte a disparu lors de la destruction des archives de Paris en 1871, mais il a été recopié par des archivistes. « Du trois du second mois de l'an Second de la République française (24 octobre 1793). Acte de décès de Marie-Antoinette Lorraine d'Autriche du vingt-cinq du mois dernier (16 octobre 1793) âgée de trente-huit ans, veuve de Louis Capet, vu l'extrait du jugement du tribunal criminel révolutionnaire et du procès-verbal d'exécution en date du 25 du mois dernier. Signé Woeff, commis greffier. »

La Restauration rend les honneurs à la belle-sœur du roi Louis XVIII. Le 21 janvier 1815, les restes de la « reine martyre » sont déposés à la basilique Saint-Denis. Au cimetière de la Madeleine, où fut inhumée Marie-Antoinette, Louis XVIII fit construire une chapelle (la Chapelle expiatoire) qui fut érigée par Lebas et Fontaine en 1826. La chapelle est ornée de deux figures sculptées représentant Louis XVI et Marie-Antoinette.

Gravure de l'exécution de Marie-Antoinette

Le Destin d'une Famille Royale Face à la Tempête Révolutionnaire

Depuis sa fuite et son arrestation à Varennes en juin 1791, le sort de la famille royale était en suspens. Louis XVI, reconnu coupable d’intelligence avec les puissances étrangères, est exécuté le 21 janvier 1793. Enfermée à la prison du Temple avec ses enfants et sa belle-sœur, Marie-Antoinette redoute ce qui l'attend, même si, pendant le procès du roi, le sort des autres membres de la famille royale n'a pas été envisagé. Alors que les difficultés intérieures et extérieures menacent de renverser la jeune République, Marie-Antoinette, symbole de l'Ancien Régime et incarnation du mal pour une Révolution tentant d'édifier une ère nouvelle, est transférée à la Conciergerie. Le 3 octobre, la Convention décide de la traduire devant le Tribunal révolutionnaire. Au terme d'un procès expéditif, elle est condamnée à la peine de mort pour crime de haute trahison.

Dans un tableau contemporain de l'événement, Marie-Antoinette apparaît au centre, dans un déshabillé de piqué blanc et coiffée d'un petit bonnet de linon. Cet habit angélique est rehaussé par un éclairage lumineux et contraste avec les vêtements sombres de ceux qui l'entourent. Son attitude est pleine de dignité, toute à ses prières, les yeux levés vers le ciel. Elle part pour l'échafaud, encadrée par Henri Sanson, le bourreau, qui lui lie les mains, et le prêtre constitutionnel - étrangement vêtu comme un prêtre anglican - qu'elle feint d'ignorer et à qui elle a refusé de se confesser. Autour de ce triptyque central, un groupe de soldats assiste à la scène et retient les manifestations bruyantes d'une foule de révolutionnaires composée de poissardes et de sans-culottes grotesques. Derrière eux, d'autres soldats apparaissent amenant avec eux la charrette qui doit mener la condamnée à la guillotine, place de la Révolution. L'exubérance de la foule contraste avec le comportement figé et solennel de la reine, en particulier la poissarde dont les bras levés et nus renvoient aux mains liées de la condamnée, victime passive plus que véritable coupable.

Ce tableau, contemporain de l'événement qu'il retrace, est à rapprocher de l'iconographie hagiographique d'inspiration royaliste qui envahit alors le marché anglais et européen. Cette production sentimentale met en avant la beauté, la jeunesse et l'innocence de la reine, et s'attache surtout, à la différence du tableau d'Hamilton, à représenter son exécution. Ainsi, une gravure publiée à Londres par Sayers le 2 janvier 1794 (Anonyme, The Death of Marie-Antoinette, Paris, Bibliothèque nationale, collection De Vinck 5471) précise dans sa lettre que : « La belle Princesse […] conserva toujours sa dignité d’esprit naturelle et elle monta sur l’échafaud avec fermeté en regardant calmement autour d’elle. Quand elle vit l’instrument fatal, elle changea un peu de contenance, mais elle retrouva rapidement sa sérénité antérieure. L’exécuteur l’attacha immédiatement à la planche et le croissant ayant été placé sur son cou, la hache tomba et, en un instant, sépara la tête du corps. » Ces estampes, comme le tableau d'Hamilton rapidement gravé, servent à soulever l'émotion et à impressionner la sensibilité populaire anglaise et européenne.

Jacques REVEL, Mona OZOUF, Marie-Antoinette, Procès du roi in François FURET et Mona OZOUF, Dictionnaire critique de la Révolution française, Paris, Flammarion, 1988, rééd. Pascal DUPUY, « L'exécution de Marie-Antoinette », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27/03/2026. Charles X, né à Versailles le 9 octobre 1757, était le petit-fils de Louis XV, et le frère cadet des rois Louis XVI et Louis XVIII.

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