Lambres-lez-Douai et Loison-sous-Lens : Deux Communes, Une Histoire Minière et Rurale Partagée

Les communes de Lambres-lez-Douai et Loison-sous-Lens, situées dans le département du Pas-de-Calais en région Hauts-de-France, partagent un héritage historique et géographique marqué par la proximité du bassin minier. Bien que distinctes, leurs évolutions sont intimement liées aux paysages, à l'économie et aux transformations sociales qui ont façonné cette partie du nord de la France. Cet article explore l'histoire de ces deux communes, de leurs origines antiques à leur identité contemporaine, en s'appuyant sur les informations disponibles.

Carte de la région Hauts-de-France avec les communes de Lambres-lez-Douai et Loison-sous-Lens mises en évidence.

Des Origines Anciennes aux Premières Mentions Historiques

Le territoire qui constitue aujourd'hui Lambres-lez-Douai est un lieu fort ancien, connu dès l'histoire au VIe siècle. C'est en effet en 574 après J.-C. que la première mention de "Lambrae vicus" apparaît dans les écrits de Grégoire de Tours, le "Père de l'Histoire de France". Il y relate un épisode sanglant des luttes qui opposèrent au IVe siècle Sigebert, roi d'Austrasie, et Chilpéric, roi de Neustrie. Vainqueur des troupes de son frère cadet assiégées à Tournai, Sigebert fut assassiné par Frédégonde, et Chilpéric fit revêtir son frère d'armes et d'habits de grand prix selon la coutume germanique, avant de l'ensevelir à Lambres. Par la suite, sa dépouille fut transférée à Soissons. Cet épisode historique témoigne de l'ancienneté du village, datant du début du règne des Francs. Au VIIe siècle, Saint-Maurand y possédait deux hôtes avec la terre appendante, une manse et la dîme de celle-ci. Sainte Rictrude, mère de Saint Maurand, y eut également une manse avec le moulin, qui appartinrent après elle à l'abbaye de Marchiennes.

À Loison-sous-Lens, le peuplement est attesté dès la période préhistorique. De nombreuses trouvailles, datant de l'époque gallo-romaine, ont été faites sur son territoire : haches celtiques en silex, meules, poteries, monnaies gauloises et romaines, ainsi que des vestiges de constructions romaines. Le village s'appelait alors Anseriacum. Plus tard, il prit le nom de Loison, qui pourrait dériver du latin "os" (ouverture, embouchure), en raison de l'étroitesse du marais à cet endroit. La région était constituée de vastes marais, et on se déplaçait en barque de Loison à Annay ; la pêche constituait la principale ressource des habitants. Le marais commun de Loison, Harnes et Annay fut partagé, non sans difficulté, entre les trois communes au milieu du XVIIIe siècle. Son assèchement permit le développement de l'agriculture. Au Moyen Âge, Loison faisait partie du comté de Harnes, domaine de l'abbaye Saint-Pierre de Gand. Vers le milieu du VIe siècle, Saint Vaast, évêque de Cambrai et d'Arras, vint y prêcher et fit ériger une chapelle. Une église y fut ensuite construite, placée sous la protection de Saint Vaast, au Xe siècle.

Reconstitution d'un village gallo-romain ou d'une scène de vie médiévale.

L'Époque Médiévale et les Transformations Seigneuriales

Au fil des siècles, Lambres évolua sous différentes autorités. En 878, Charles le Chauve possédait à Lambres un manoir qu'il céda à l'Abbaye de Marchiennes. Le 22 mai 916, Charles le Simple donna la "Villa Lambrae" à l'Évêque de Cambrai. Vers l'an 975, Wautier 1er, châtelain de Cambrai, parvint à se faire donner Lambres par l'évêque Tetdon. Dès lors, Lambres releva du Château d'Oisy, dont tous les droits appartenaient aux Échevins de Douay. En 1076, une nombreuse escorte amena à Lambres Gérard II, Évêque de Cambrai. Tout au long des siècles suivants, Lambres passa de seigneur en seigneur, jusqu'à ce que la Révolution vînt détruire l'antique et noble seigneurie de Lambres, qui avait duré 600 ans. La généalogie des Seigneurs de Lambres montre une succession en ligne directe ou collatérale allant de Jean d’Auffray à Joseph-Charles Van der Meere de 1500 à 1798, date à laquelle celui-ci mourut en son château de Kruishouten. Cette généalogie comprend des alliances flamandes et espagnoles.

À Loison-sous-Lens, au Moyen Âge, les rivalités entre seigneuries et le voisinage de Lens et de Pont à Vendin, ainsi que les invasions, pillages et dévastations (en 1303, de 1636 à 1655 et de 1708 à 1713) ont marqué l'histoire du village.

L'Ère Industrielle et le Paysage Minier

L'identité de ces communes est intrinsèquement liée au bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Lambres-lez-Douai s'inscrit dans les « paysages miniers » tels qu'ils sont définis dans l'atlas de paysages de la région Nord-Pas-de-Calais. Ces paysages, qui concernent 205 communes, sont constitués de cultures, d'espaces artificialisés, de forêts, de prairies naturelles, d'espaces industriels, de friches industrielles, de cours d'eau et de terrils. Ces paysages miniers, terre de charbonnages avec ses terrils, confèrent une identité forte à la région, reconnue depuis 2012 comme patrimoine mondial de l'UNESCO. Il y a eu jusqu'à 350 terrils et on en dénombrait encore 200 dans les années 2000. L'occupation des sols à Lambres-lez-Douai, telle qu'elle ressort de la base de données Corine Land Cover, est marquée par l'importance des territoires agricoles (55,6 % en 2018), en diminution par rapport à 1990 (61,6 %), avec des terres arables (39,3 %), des zones urbanisées (24,4 %), des zones industrielles ou commerciales et réseaux de communication (20 %), et des prairies (12,1 %).

Loison-sous-Lens, bien que faisant partie du bassin minier, n'a jamais été une ville minière à proprement parler. Aucune fosse ne s'y est implantée, hormis un puits de secours, le 2ter, route de Lille, créé pour éviter les conséquences d'une catastrophe comme celle de Courrières en 1906. La ville est restée essentiellement rurale à l'époque des mines : on y trouvait des parts de marais, des vergers, une brasserie, un moulin, et on y faisait le commerce de bétail. Les fermes étaient nombreuses, certaines propriétés des HGD et des Houillères. Les ouvriers loisonnais faisaient pour la plupart double journée, travaillant à la fosse puis exploitant leurs terres et soignant les bêtes. L'occupation des sols à Loison-sous-Lens est marquée par l'importance des territoires artificialisés (73,8 % en 2018), en augmentation par rapport à 1990 (68 %), avec des zones urbanisées (54,3 %), des terres arables (20,9 %), et des zones industrielles ou commerciales et réseaux de communication (18,5 %).

Photographie de terrils dans le paysage du Nord-Pas-de-Calais.

Mutations et Caractéristiques Contemporaines

Lambres-lez-Douai, située aux entrées sud-ouest de Douai, bénéficie d'une situation géographique favorable avec de bonnes infrastructures routières, à quelques kilomètres de l'autoroute A1. Cette situation a permis son développement avec l'implantation de l'usine RENAULT et la création de zones industrielles et commerciales. La commune, traversée par la Scarpe et la voie ferrée reliant la Belgique à Paris, appartient à l'unité urbaine de Douai-Lens et à l'aire d'attraction de Douai. En 2023, Lambres-lez-Douai comptait environ 4 953 habitants.

Loison-sous-Lens, bordée par le canal de Lens et limitrophe de Lens, appartient à l'unité urbaine de Douai-Lens et à l'aire d'attraction de Lens - Liévin. La commune compte 5 169 habitants. L'évolution du nombre d'habitants à Loison-sous-Lens est connue à travers les recensements depuis 1793. En 2022, la population âgée de 15 à 64 ans s'élevait à 3 219 personnes, avec un taux d'actifs de 70,6 %. La commune compte 1 666 emplois en 2022.

Les deux communes sont exposées à un climat océanique dégradé, typique des plaines du Centre et du Nord, avec des températures moyennes annuelles autour de 10,6°C et des précipitations annuelles moyennes avoisinant les 700 mm. La classification de Köppen-Geiger les situe dans la catégorie Cfb (climat tempéré à été frais sans saison sèche). La région climatique est le Nord-est du bassin Parisien, caractérisée par un ensoleillement médiocre, une pluviométrie moyenne régulièrement répartie et un hiver froid.

Une Identité Culturelle et Patrimoniale

L'histoire de Lambres est également marquée par des traditions locales. Le premier géant, Sigebert, est apparu en 1956. En 1980, un second géant est construit, et en 2003, Sigebert est transformé, avec une nouvelle tête et de nouvelles mains réalisées par un sculpteur local. En 2022, la création est confiée à Pierre Loyer, qui le réalise en osier, allégeant sa structure. La transformation de Sigebert témoigne d'une volonté de perpétuer une tradition ancrée dans l'histoire de la commune, rappelant l'épisode mérovingien.

À Loison-sous-Lens, l'histoire événementielle inclut l'occupation par l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. La Grève patriotique des cent mille mineurs du Nord-Pas-de-Calais en mai-juin 1941, qui démarra non loin à Montigny-en-Gohelle, priva les Allemands de 93 000 tonnes de charbon pendant près de deux semaines. Cet acte de résistance collective fut l'un des premiers et des plus importants en nombre, se soldant par des arrestations et des déportations.

Les élections municipales témoignent de la vie démocratique de ces communes. À Lambres-lez-Douai, les élections municipales partielles du 18 juin 2023 ont vu s'affronter le maire sortant et son ancienne adjointe démissionnaire, Caroline Sanchez, qui a remporté le scrutin. Les élections municipales du 15 mars 2026 ont vu la liste menée par la maire sortante Caroline Sanchez être élue dès le premier tour. À Loison-sous-Lens, les mandats des maires Daniel Kruszka ont été marqués par des projets visant à "rééquilibrer les offres de services dans les différents quartiers" et à "aller plus loin dans l’interconnexion des quartiers".

Lambres-lez-Douai et Loison-sous-Lens, par leurs histoires riches et complexes, représentent deux facettes de l'identité du Nord-Pas-de-Calais, entre héritage rural et empreinte profonde de l'industrie minière. Leurs évolutions témoignent d'une capacité d'adaptation face aux mutations économiques et sociales, tout en préservant une mémoire collective singulière.

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