Le bois, matériau noble et intemporel, a toujours occupé une place de choix dans nos habitations. Cependant, ses propriétés naturelles, bien que séduisantes, présentent certaines limites, notamment en termes de résistance à l'humidité, aux insectes et aux intempéries. Pour pallier ces inconvénients tout en sublimant son esthétique, des techniques ancestrales et modernes ont été développées. Parmi elles, le bois brûlé, connu sous le nom japonais de yakisugi ou shou sugi ban, et le bois traité thermiquement, souvent appelé bois torréfié ou rétifié, émergent comme des solutions particulièrement innovantes et esthétiquement remarquables. Ces traitements confèrent au bois une durabilité accrue et une palette d'apparences inédites, répondant ainsi aux exigences des constructions contemporaines et aux aspirations écologiques croissantes.
L'Art Ancestral du Bois Brûlé : Yakisugi et Shou Sugi Ban
L'origine du bois brûlé, ou yakisugi, remonte à des techniques de protection naturelle du bois d'origine japonaise, également connues sous le nom de shou sugi ban. Cette méthode millénaire consiste à brûler profondément la surface d'une planche de bois pour créer une couche de carbone superficielle. Historiquement, les planches ainsi traitées servaient de bardage pour les maisons en bois, offrant une protection remarquable contre les éléments.
Traditionnellement, le procédé shou sugi ban est réalisé en assemblant trois planches de cèdre japonais (sugi) pour former une sorte de cheminée. Un feu est allumé à la base, et la flamme monte, brûlant uniformément la surface du bois. Une fois le temps de brûlage adéquat atteint, le feu est éteint à l'eau. Bien que souvent attribuée au Japon, cette technique de durcissement du bois par le feu est en réalité aussi ancienne que l'humanité. Des traces de son utilisation remontent à la préhistoire, comme l'évoque la romancière Jean M. Auel dans sa série "Le Clan des Ours des cavernes", où le bois durci au feu était utilisé pour la chasse. Au Moyen Âge, le bas des piquets en bois était brûlé avant d'être enfoncé en terre pour la construction de clôtures. Au Canada également, cette technique est répandue, où l'on parle de "torréfier" le bois.
Aujourd'hui, la technique a évolué. Si le brûlage artisanal à la maison reste possible, le traitement se fait plus fréquemment dans des fours spécialisés, offrant un meilleur contrôle du processus et une qualité plus constante.

La Renaissance Esthétique du Bois Brûlé
L'engouement actuel pour le bois brûlé s'explique en grande partie par sa capacité à offrir une gamme infinie de variations d'aspects, séduisant les plus grands designers mondiaux. La couleur peut varier d'un noir intense à des nuances de noir avec des reflets gris ou bleus, selon l'essence de bois et le degré de brûlage. La texture peut être travaillée : une fois brûlé, le bois peut être gratté pour obtenir une surface lisse et soyeuse, évoquant la peau, ou laisser apparaître les irrégularités naturelles du bois, conférant un aspect "écailles de tortue". Chaque lame de bois revêtue de cette couche de carbone acquiert ainsi un aspect unique et inimitable.
Cette technique trouve des applications dans des projets architecturaux variés, du restaurant Encore à Scheveningen aux Pays-Bas, au chalet Courchevel conçu par Olivier Gay, en passant par la maison des enfants de Meudon et la villa Barcelona en Espagne, conçue par l'architecte Raül Sanchez Esteban. Au Japon, l'architecte Terunobu Fujimori a également réalisé plusieurs projets emblématiques en bois brûlé. Le shou sugi ban s'utilise aussi bien en intérieur qu'en extérieur, pour le bardage de façades, les clôtures, les meubles et les habillages muraux, s'intégrant parfaitement aux styles contemporains.
18h39 : Le bois brûlé : une technique de construction traditionnelle japonaise
Les Vertus Protectrices du Bois Brûlé
Au-delà de son esthétique singulière, le bois brûlé possède des vertus protectrices remarquables. Son objectif premier était d'offrir une protection naturelle aux maisons en bois contre les incendies. Dans les villages où les habitations étaient construites en bois, le risque de propagation rapide du feu était élevé. La couche de carbone formée par le brûlage agit comme un retardateur de flamme naturel, ralentissant considérablement la propagation du feu.
De plus, cette technique est efficace contre les nuisibles. Les insectes xylophages ne peuvent plus se nourrir de la cellulose et de la lignine transformées en carbone, un élément non comestible pour eux. Les champignons lignivores ne trouvent pas non plus de terrain propice à leur développement. Ainsi, le bois traité par shou sugi ban peut conserver ses propriétés pendant plus de 80 ans.
Enfin, la couche superficielle de carbone protège naturellement le bois des rayons ultraviolets du soleil, l'une des principales causes de dégradation du bois en extérieur. D'un point de vue écologique, le procédé est entièrement naturel, s'inscrivant dans la logique de la construction verte, un aspect particulièrement apprécié par les jeunes générations en quête de matériaux durables et respectueux de l'environnement.
La Mise en Œuvre du Bois Brûlé
Traditionnellement, le terme "sugi" désigne le cèdre japonais, l'essence de bois la plus couramment utilisée. Cependant, le traitement peut également s'appliquer au pin douglas et, plus généralement, à tous les résineux. La réalisation du shou sugi ban demande une dizaine de minutes par planche, selon l'aspect désiré. Le brûlage peut s'effectuer dans un grand lit de braises ou à l'aide d'un chalumeau. Pour une protection efficace, la carbonisation doit atteindre une épaisseur de 3 à 5 millimètres. Une fois brûlée, la surface est arrosée d'eau pour stopper la carbonisation. Le surplus de charbon peut ensuite être éliminé à l'aide d'une brosse pour moduler l'état de surface.
Malgré sa nature naturelle, le bois brûlé présente quelques inconvénients : il peut laisser des traces noires au contact, et la couche de carbone, bien que protectrice, reste fragile et sensible aux frottements et aux intempéries.

Protéger et Entretenir le Bois Brûlé
Pour préserver l'aspect esthétique du bois brûlé et renforcer sa durabilité, il est conseillé d'appliquer un produit de protection adapté. Le Protecteur Bois Brûlé PB600, par exemple, est spécialement formulé pour nourrir le bois, stabiliser la couche carbonisée et limiter les traces noires au toucher.
Le Traitement Thermique : Une Autre Voie vers la Durabilité
Parallèlement au bois brûlé, le traitement thermique du bois, souvent appelé bois torréfié ou rétifié, offre une alternative performante pour améliorer la durabilité et la stabilité du bois. Dès les années 1970, il a été découvert que le bois traité à haute température présentait une durabilité naturelle accrue. Aujourd'hui, l'accent est mis sur l'amélioration de la stabilité dimensionnelle du bois : il réduit le gonflement et le retrait, ainsi que les déformations dues à l'absorption d'humidité.
Les Mécanismes du Traitement Thermique
Le traitement à haute température n'est pas nouveau. En 1973, Burmeister décrivait le processus FWD (Feuchte Wärme und Druck), basé sur une pyrolyse contrôlée. Le bois est chauffé (supérieur à 180 °C) en l'absence d'oxygène, provoquant des modifications chimiques. Ce phénomène peut être réalisé par différentes méthodes, notamment par chauffage dans des fours spécialisés, en utilisant des atmosphères contrôlées (azote, vapeur) ou par immersion dans un bain d'huile bouillante (oléo-thermie).
Le bois est principalement composé de cellulose, de lignine et d'hémicelluloses. Le traitement thermique vise à agir sur l'hémicellulose et à restructurer la lignine. Ces transformations s'opèrent à des températures élevées, où la présence d'oxygène entraînerait oxydation et auto-inflammation. Au-delà de leur "température de transition vitreuse", les hémicelluloses et la lignine deviennent souples et flexibles, modifiant ainsi les propriétés du bois.
Les Avantages du Bois Traité Thermiquement
Le bois traité thermiquement présente plusieurs avantages majeurs :
- Durabilité Biologique Accrue : Les modifications physico-chimiques rendent le bois moins vulnérable aux attaques de champignons et d'insectes xylophages. Sa résistance à la pourriture est améliorée, le rendant comparable à certaines essences tropicales naturellement durables. Bien que la résistance aux champignons soit une conséquence, l'objectif premier du traitement est désormais la stabilité dimensionnelle.
- Stabilité Dimensionnelle Améliorée : Le traitement thermique corrige le gonflement et le retrait du bois dus aux variations d'humidité. L'indice ASE (Anti Shrink/Swelling Efficiency) quantifie cette amélioration, indiquant une réduction significative des variations dimensionnelles. Cette propriété est cruciale pour des applications comme les menuiseries extérieures et les parquets.
- Esthétique : Le traitement thermique confère au bois une teinte plus sombre, appréciée notamment en Scandinavie, où les bois tropicaux de teinte foncée n'ont pas de tradition d'usage.

Procédés et Innovations Technologiques
Plusieurs procédés de traitement thermique ont été développés à travers le monde :
- ThermoWood® (Finlande) : Ce procédé utilise de la vapeur d'eau dans des séchoirs adaptés. Le processus a été développé par VTT à Espoo, et plusieurs entreprises finlandaises exportent des produits sous cette marque.
- Plato® (Pays-Bas) : Développé par Shell, ce processus en plusieurs phases combine une hydro-thermolyse (chauffage à 150-180 °C en milieu saturé et sous pression accrue) et une phase de polymérisation ("curing phase") à sec (chauffage à 170-190 °C).
- Procédés Français et Allemands : En France, des initiatives basées sur les travaux de "L'école des mines de St-Etienne" utilisent des procédés sous atmosphère d'azote à des températures plus élevées (200-240 °C). En Allemagne, des techniques d'oléo-thermie, où le bois est chauffé dans l'huile, ont été mises à l'échelle industrielle.
Le terme "rétifié" est un néologisme issu de la contraction de "réticulation" et "torréfaction", de plus en plus utilisé pour désigner le bois traité à haute température. La marque "Bois rétifié®" est déposée en France.
Choix des Essences et Qualité du Traitement
En principe, toutes les essences de bois peuvent être traitées thermiquement, mais les procédés varient selon qu'il s'agisse de feuillus ou de résineux. Les essences résineuses à croissance rapide et au séchage aisé, comme le Pinus radiata, sont plus faciles à traiter que les feuillus à porosité diffuse. Des essences comme le peuplier sont également préconisées.
La qualité du bois traité thermiquement dépend fortement de la maîtrise du procédé. Le taux d'humidité initial, la température atteinte, le mode de chauffage et de refroidissement, ainsi que la gestion des dimensions du matériau sont cruciaux. Contrairement au traitement chimique où le dosage du produit et les analyses chimiques permettent un contrôle qualité fiable, le contrôle du bois traité thermiquement est plus complexe. La coloration brune peut être un indicateur, mais elle n'est pas toujours synonyme de traitement contrôlé. La détermination des propriétés physiques modifiées, comme le taux d'humidité ou les essais de retrait/gonflement, reste la meilleure approche pour garantir la qualité.
Applications et Limites du Bois Traité Thermiquement
Le bois traité thermiquement est principalement utilisé comme matériau de recouvrement (lambris, bardage) et pour des parois anti-bruit. Il convient également pour des applications en pièces humides, offrant une résistance accrue à la pourriture et à la moisissure.
Cependant, le traitement thermique peut entraîner une perte des propriétés mécaniques, notamment une moindre résistance à la flexion dynamique ou au choc, rendant ce matériau moins adapté pour du matériel de sport ou des manches d'outils. La résistance à la traction transversale et à la fissuration peut également être affectée. De plus, certains traitements thermiques peuvent accélérer les processus de vieillissement et d'altération, nécessitant l'application d'une couche de finition protectrice pour les expositions aux intempéries. Le comportement au collage peut aussi être modifié.
Malgré ces limites, des applications comme les terrasses et le mobilier de jardin devraient rapidement intégrer le bois traité thermiquement, à mesure que les connaissances sur ses tolérances de qualité et ses performances s'affinent.

Le Lambris : Revêtement Mural Polyvalent
Le lambris, ou revêtement mural, est une solution esthétique et fonctionnelle pour habiller les murs. Les planches murales, généralement plus minces que celles de plancher, s'installent en recouvrant entièrement la surface, grâce à un système de languette et de rainure pour un emboîtement facile. Elles apportent texture et chaleur aux pièces, protègent les murs des chocs et masquent les surfaces inesthétiques.
Le lambris existe sous diverses formes et peut être assemblé de plusieurs manières pour s'adapter à la fonction et au style désirés. Il peut recouvrir un demi-mur, les trois-quarts, une bande supérieure ou un mur complet. Les moulures, qu'elles soient à v-joint, plates, concaves ou convexes, peuvent être installées verticalement, horizontalement ou en diagonale pour créer des effets visuels variés. L'installation à bâtons rompus, l'ajout de moulures pour créer des caissons, ainsi que l'utilisation de cimaises, plinthes et quarts-de-rond, permettent d'embellir et de personnaliser l'espace, conférant une ambiance chaleureuse et enveloppante.
Pour des ambiances plus contemporaines, des planches autocollantes ou non-autocollantes en bois torréfié sont disponibles, ainsi que des moulures à effet 3D. Ces solutions viennent compléter la gamme existante, offrant de nombreux atouts en termes d'esthétisme et de solidité.
Conclusion sur le Bois Torréfié et le Lambris
Le lambris en bois torréfié représente une fusion réussie entre l'esthétique naturelle du bois et les performances techniques offertes par les traitements modernes. Qu'il s'agisse du charme ancestral du bois brûlé, avec ses variations de couleurs et de textures uniques, ou de la stabilité et de la durabilité renforcées du bois traité thermiquement, ces matériaux offrent des possibilités infinies pour l'aménagement intérieur et extérieur. Ils répondent à une demande croissante pour des solutions de construction durables, écologiques et esthétiquement recherchées, s'intégrant parfaitement dans les architectures contemporaines tout en rappelant la noblesse intemporelle du bois. Le choix entre le bois brûlé et le bois traité thermiquement dépendra des exigences spécifiques du projet, qu'il s'agisse de privilégier un aspect visuel singulier ou d'optimiser la résistance et la stabilité dimensionnelle.
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