L'Impact Réel des Plantes d'Intérieur Dépolluantes : Entre Mythe et Réalité

Les plantes d'intérieur cumulent les atouts : elles sont décoratives, bonnes pour notre organisme et sont souvent présentées comme des alliées précieuses contre la pollution de notre environnement proche. En effet, l'idée que les plantes peuvent dépolluer l'air de nos maisons, en absorbant des composés organiques volatils (COV), des bactéries, des moisissures et des allergènes, a gagné en popularité. Cette affirmation, bien que séduisante, mérite d'être examinée de près, car elle n'est ni tout à fait juste, ni tout à fait fausse. Les ventes dans ce secteur confirment cette tendance, passant de 50 millions d'euros à 82,6 millions d'euros, témoignant d'un intérêt croissant pour les plantes d'intérieur.

Plantes d'intérieur dans un salon moderne

Les Origines de la Notion de Plante Dépolluante

L'idée de plantes dépolluantes trouve son origine dans une étude emblématique menée en 1989 par la NASA (Nasa Clean Air Study). Dans le cadre d'un programme de recherche visant à développer des systèmes de vie en circuit fermé pour les stations spatiales, la NASA a testé la capacité de certaines plantes à absorber des composés organiques volatils (COV) tels que le benzène, le formaldéhyde ou le trichloréthylène. Ces tests, réalisés en laboratoire dans des conditions hermétiques et sur de très petites surfaces, ont démontré un potentiel d'absorption de ces polluants. Cependant, il est crucial de souligner que ces conditions expérimentales sont très éloignées de celles d'un logement classique, où la concentration des polluants, leur diffusion et le volume d'air sont radicalement différents.

La Réalité Scientifique Face aux Idées Reçues

Une étude plus récente, publiée en 2019 dans le Journal of Exposure Science & Environmental Epidemiology par Bryan Cummings et Michael Waring de l'université de Drexel, a jeté un éclairage nouveau sur l'efficacité réelle des plantes dans un environnement domestique. Ces chercheurs ont estimé qu'il faudrait un nombre colossal de plantes, allant de 10 à 1 000 par mètre carré, pour obtenir un effet significatif sur la qualité de l'air. Cette donnée met en perspective l'affirmation selon laquelle quelques plantes suffiraient à assainir une pièce.

Il est également important de noter que chaque plante a une action ciblée sur des polluants spécifiques. Par exemple, le Spathiphyllum (fleur de lune) serait efficace contre le formaldéhyde, le Chlorophytum contre le monoxyde de carbone, et l'Aloe vera contre le benzène. Cette spécificité implique qu'une seule plante ne peut pas résoudre tous les problèmes de pollution intérieure.

Les Limites et les Risques des Plantes Dites "Dépolluantes"

Accumuler les plantes dans un intérieur ne garantit pas automatiquement un air plus pur. Au contraire, une plante mal entretenue peut devenir une source de pollution. Elle peut dégager des moisissures, libérer du pollen ou attirer des insectes. Certaines espèces, comme certains types de ficus, peuvent même libérer naturellement des COV. Le dicton "naturel ne rime pas toujours avec inoffensif" prend ici tout son sens.

De plus, plusieurs plantes couramment utilisées pour leur aspect décoratif peuvent présenter des risques pour la santé. Le Dieffenbachia (cannes des muets) ou le Pothos, par exemple, sont toxiques en cas d'ingestion. D'autres peuvent provoquer des irritations cutanées ou des muqueuses. Il est donc essentiel de se renseigner sur la toxicité potentielle des plantes, surtout en présence d'enfants ou d'animaux domestiques.

Illustration des stomates sur une feuille de plante

Les Vrais Atouts des Plantes d'Intérieur : Au-delà de la Dépollution

Si leur effet dépolluant est contestable dans les conditions réelles de nos logements, les plantes d'intérieur possèdent d'autres bienfaits avérés, notamment sur le plan psychologique et environnemental. Leur impact est indéniablement positif : elles apaisent, réduisent le stress, embellissent l'espace et créent une ambiance plus chaleureuse. Elles contribuent à améliorer le bien-être général et à créer un environnement plus agréable.

L'étude exploratoire sur le coût socio-économique des polluants de l'air intérieur, publiée en 2014, souligne que la pollution de l'air intérieur serait responsable d'un coût de 19,526 milliards d'euros, principalement lié à la mortalité et à la baisse de la qualité de vie. Les plantes, en contribuant à un environnement plus sain, peuvent indirectement participer à la réduction de ces coûts.

Le bien être avec les plantes d’intérieur

Les Plantes et l'Humidité : Un Rôle à Nuancer

Certaines plantes, comme celles que l'on retrouve dans les salles de bain, sont réputées pour leur capacité à absorber l'humidité. Elles peuvent effectivement contribuer à réguler le taux d'humidité des pièces, allant jusqu'à 5% dans certains cas. Cependant, cette capacité est limitée et ne remplace pas une ventilation adéquate pour prévenir le développement de moisissures, qui elles-mêmes sont une source de pollution intérieure.

Le Rôle dans les Capsules Spatiales : Un Contexte Particulier

L'idée des plantes dépolluantes a été initialement explorée dans le contexte très spécifique des capsules spatiales. Dans ces environnements clos et en circuit fermé, où l'air est recyclé, chaque élément contribuant à la purification est essentiel. Les plantes y jouaient un rôle dans la régénération de l'air et l'absorption de certains polluants. Cependant, transposer directement ces découvertes à nos maisons, avec leurs systèmes de ventilation et leurs volumes d'air bien plus importants, est une extrapolation qui nécessite une analyse critique.

Les Sources de Pollution Intérieure et les Solutions Alternatives

Il est crucial de comprendre que l'air intérieur peut être cinq à dix fois plus pollué que l'air extérieur, et que nous y passons 60 à 90 % de notre temps. Les sources de cette pollution sont multiples et souvent insoupçonnées :

  • Mobilier et matériaux de construction : Le mobilier aggloméré, les panneaux de particules et le contreplaqué sont souvent traités avec des colles à base de formaldéhyde, un COV classé cancérigène. Les peintures, vernis, colles, laques, moquettes, produits de vitrification, isolants (laine de roche, de verre) et même certains textiles synthétiques peuvent également libérer des COV. Pour limiter leur impact, il est recommandé de déballer ces meubles dans un espace bien ventilé et d'aérer intensément pendant plusieurs jours après leur achat.
  • Produits ménagers et d'entretien : Même les produits "naturels" à base d'huiles essentielles, d'agrumes ou d'eucalyptus peuvent émettre des COV. Les sprays désodorisants, bougies parfumées et autres diffuseurs contribuent à dégrader l'air. L'Anses recommande d'éviter les produits parfumés et de privilégier des alternatives comme le vinaigre blanc, le savon noir et le bicarbonate de soude.
  • Combustion : Les bougies, cigarettes, poêles à bois, cuisinières à gaz dégagent du monoxyde de carbone, de la suie, des particules fines et des COV. Le chauffage au bois est particulièrement une source importante de particules fines.
  • Humidité : Une humidité excessive favorise le développement de moisissures, dont les spores sont irritantes pour les voies respiratoires. Maintenir une hygrométrie entre 40 et 60% et réparer rapidement les fuites d'eau sont essentiels.

La Ventilation : Le Geste Indispensable

L'aération est le geste le plus simple et le plus efficace pour réduire la concentration des polluants. Ouvrir les fenêtres en grand pendant au moins dix minutes par jour, matin et soir, permet de renouveler l'air et d'évacuer les polluants accumulés. L'Ademe recommande d'ouvrir les fenêtres en grand pour créer un courant d'air et maximiser le renouvellement. La ventilation naturelle ou mécanique (VMC) est essentielle, notamment dans les logements récents. Les bouches de VMC doivent être dépoussiérées et révisées régulièrement. Dans les habitats anciens, il est crucial de ne pas obstruer les grilles d'aération.

Infographie sur les sources de pollution intérieure

L'Évaluation Précise des Plantes Dépolluantes Spécifiques

Malgré les réserves émises quant à leur efficacité globale, certaines plantes sont plus spécifiquement citées pour leurs propriétés d'absorption de certains polluants. Il est utile de les connaître pour faire des choix éclairés, tout en gardant à l'esprit les limites mentionnées précédemment.

Pour la Cuisine : Lutte contre le Formaldéhyde

La cuisine est une pièce souvent exposée au formaldéhyde, un composé chimique présent dans les meubles en aggloméré et contreplaqué, le papier essuie-tout, les mousses d'isolation ou certains produits ménagers. Dans cette pièce, on peut privilégier des plantes comme le palmier nain (Rhapis) ou l'Anthurium. Ces plantes peuvent aider à diminuer le caractère cancérigène, corrosif et allergène du formaldéhyde, un irritant pour le nez et la gorge.

Pour les Toilettes : Action contre l'Ammoniaque

Les toilettes sont souvent le lieu d'utilisation de détergents et de produits de nettoyage des sols. L'Azalée est particulièrement efficace contre l'ammoniaque, un composant fréquent de ces produits.

Pour le Séjour : Une "Artillerie Lourde" Végétale

Le séjour est exposé à une grande variété de polluants, issus des vernis, colles, fumée du tabac, appareils électriques, et du formaldéhyde. Un "cocktail" de plantes énergiques est recommandé :

  • Le Ficus : connu pour neutraliser le formaldéhyde.
  • Le Chlorophytum : supprime le monoxyde de carbone et le formaldéhyde, rendant l'air moins allergène. Il est considéré comme l'une des plantes les plus dépolluantes.
  • La Fleur de Lune (Spathiphyllum) : agit sur le formaldéhyde.

Pour la Chambre : Protection contre les Allergènes et Toxines

La chambre, en raison de la présence de textiles traités, de moquettes et de meubles vernis ou en aggloméré/contreplaqué, nécessite également une protection. Une "escouade" de plantes peut y être installée :

  • Le Lierre anglais : efficace contre le benzène, le trichloréthylène, le xylène et le formaldéhyde. Il apprécie l'humidité et l'air ambiant, ce qui peut en faire un bon candidat pour la salle de bain également, mais il s'adapte bien à la chambre.
  • Le Dracaena (ou dragonnier) : efficace contre le monoxyde de carbone, la fumée de tabac, le benzène et le xylène. Il préfère les endroits sombres.
  • Le Palmier d'Arec (Areca) : apprécie des températures autour de 22°C et des vaporisations d'eau. Il filtre les composés organiques volatils comme l'ammoniac, le benzène ou le trichloréthylène.

Autres Plantes Mentionnées pour leurs Propriétés :

  • Aloe vera : Idéal pour absorber les ondes électromagnétiques émises par les appareils électroniques et repousser les acariens.
  • Ficus (divers types) : Utile pour absorber l'ammoniac, les colles et les laques. Le Ficus Catouchou est particulièrement résistant.
  • Scindapsus (Pothos) : Efficace pour dépolluer et se plaît près d'une fenêtre.
  • Fougères : Luttent contre la pollution intérieure et apprécient l'humidité et l'ombre.
  • Palmiers d'intérieur (Chamaedorea, Kentia) : Filtrent les composés organiques volatils.

Ces plantes transforment les polluants de l'air en vapeur d'eau saine grâce à un processus naturel, agissant comme de petites stations d'épuration naturelles. Les stomates, de minuscules ouvertures sur les feuilles, jouent un rôle clé dans cette bioépuration.

Conclusion : Un Complément, Pas une Solution Miracle

En définitive, les plantes d'intérieur dites "dépolluantes" ne sont pas des gadgets, mais elles ne remplacent en aucun cas l'aération régulière et la prévention des sources polluantes. Leur efficacité réelle dans des conditions domestiques reste limitée par rapport aux conditions de laboratoire qui ont initié cette idée.

Leur place dans un intérieur sain est indéniable, mais il faut éviter de les surévaluer. Elles apportent un indéniable confort visuel et psychologique, contribuent à l'humidité ambiante, et peuvent, dans une moindre mesure, participer à l'amélioration de la qualité de l'air. Le véritable enjeu réside dans la réduction des sources de pollution à la source, couplée à une ventilation adéquate. Les plantes vertes sont avant tout un élément de confort et un agrément visuel, qui, en plus, peuvent avoir un effet apaisant et réconfortant, nous reconnectant à la nature dans nos vies urbaines souvent déconnectées. Il est primordial de ne pas sombrer dans la paranoïa, votre maison n'est pas un piège chimique, mais une vigilance accrue sur les produits utilisés et une bonne gestion de la ventilation restent les piliers d'un intérieur sain.

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