Serge Lama : L'Âme d'un Poète, la Voix d'un Géant de la Chanson Française

Serge Lama, de son vrai nom Serge Chauvier, est une figure emblématique de la chanson française, dont la carrière s'étend sur plusieurs décennies, marquée par une plume poétique, une voix singulière et une résilience face aux épreuves. Né à Bordeaux le 11 février 1943, il a su, dès son plus jeune âge, cultiver une passion pour la musique et l'art lyrique, influencé par son père, Georges Chauvier, chanteur d'opérette. Son parcours artistique, jalonné de succès populaires, de drames personnels et de réinventions, en fait un artiste unique, dont l'œuvre continue de résonner auprès de plusieurs générations.

Les Premières Mélodies Bordelaises et Parisiennes

L'aventure artistique de Serge Lama débute à Bordeaux, dans un environnement imprégné de musique grâce à son père. Georges Chauvier, baryton au Grand Théâtre de Bordeaux, transmet à son fils son amour pour le chant, même si sa propre carrière d'opérettiste reste modeste. En 1950, la famille emménage à Paris, dans l'espoir d'une ascension professionnelle plus prometteuse pour le père. Le jeune Serge, alors âgé de sept ans, est confié à sa grand-mère pendant que ses parents tentent de naviguer dans la capitale. Cette période parisienne, bien que vécue dans une relative précarité, est féconde pour le jeune Serge. Il commence à écrire ses premiers textes, nourri par la richesse de la chanson à texte française. L'art lyrique de son père, bien qu'empreint de déceptions, éveille en lui une vocation précoce. L'abandon par son père de ses ambitions artistiques, poussé par son épouse pour assurer la subsistance familiale, marque profondément le jeune Serge, qui développe une détermination farouche à réussir là où son père a dû renoncer.

Jeune Serge Lama enfant

La Rencontre avec la Scène et les Premières Épreuves

Après des années d'études scolaires peu assidues, Serge Lama quitte le domicile familial à dix-huit ans pour se lancer dans une vie d'expériences et de petits boulots. La guerre d'Algérie, où il effectue son service militaire, lui inspire des textes empreints de la dure réalité du conflit. De retour en France, il intègre le Petit Conservatoire de Mireille, une pépinière d'artistes, où il rencontre le pianiste Jackie Bayard, qui mettra en musique ses premières compositions. C'est au cabaret l'Écluse qu'il fait une rencontre déterminante avec la pianiste Liliane Benelli, qui devient sa compagne et le soutient dans ses débuts. Grâce à elle et à l'imprésario Eddy Marouani, Serge Lama commence à se faire connaître, assurant les premières parties de Barbara et de Georges Brassens à Bobino. Il enregistre son premier 45-tours, « À quinze ans », en 1964, et fait ses premières apparitions télévisées. Sa réputation grandit également en tant que parolier pour d'autres artistes.

Cependant, la trajectoire ascendante de sa carrière est brutalement interrompue par un tragique accident de voiture en août 1965. Le véhicule, conduit par Jean-Claude Ghrenassia, frère d'Enrico Macias, coûte la vie à Liliane Benelli et à son conducteur. Serge Lama, grièvement blessé, frôle la mort et reste hospitalisé pendant plus d'un an, subissant de multiples opérations. Cet événement traumatisant le marque à jamais, mais le monde du spectacle se mobilise. Bruno Coquatrix, directeur de l'Olympia, organise un gala de soutien pour l'aider financièrement. Malgré les séquelles physiques, dont une boiterie persistante, Serge Lama ne renonce pas à son rêve.

Voiture ancienne accidentée

L'Ascension vers la Gloire et les Tubes des Années 70

Remis sur pied, Serge Lama renoue avec la musique et connaît son premier succès majeur en 1967 avec le titre « Les Ballons rouges ». L'année suivante, son album « D'aventures en aventures » est acclamé par la critique, lui valant le prix de l'Académie Charles-Cros. Son style vocal, parfois proche de la déclamation, rappelant Jacques Brel mais avec sa propre identité, séduit le public. En 1969, il remporte le concours de la Rose d'Or d'Antibes avec la chanson « Une île ».

L'année 1971 marque un tournant décisif avec sa participation au Concours Eurovision de la chanson avec « Un jardin sur la Terre », qui se classe 7ème. Cette vitrine européenne lance une décennie de succès phénoménaux. Serge Lama enchaîne les tubes qui deviennent des classiques de la variété française : « Je suis malade » (1973), « Les P'tites femmes de Pigalle » (1973), « Chez moi » (1974) et « Femme, femme, femme » (1978), cette dernière écrite avec Alice Dona. Ses concerts à l'Olympia et au Palais des Congrès affichent complet, témoignant de sa popularité grandissante. L'album « Je suis malade », sorti en 1973, lui vaut son premier disque d'or et consolide son statut d'artiste majeur.

Lara Fabian & Serge Lama - Je Suis Malade (Live at Tapis Rouge, France, 1998)

Napoléon, le Théâtre et la Réinvention Artistique

Au début des années 1980, Serge Lama, désireux d'explorer de nouveaux horizons artistiques, se lance dans un projet ambitieux : une comédie musicale monumentale consacrée à Napoléon Bonaparte. Cet opéra-rock, co-écrit avec Jacques Rosny et mis en musique par Yves Gilbert, voit Serge Lama incarner l'Empereur sur scène pendant plus de trois ans. Le spectacle, malgré quelques railleries sur une possible identification de l'artiste à son personnage, connaît un immense succès public. L'album « J'assume tout Napoléon » (1982) et sa suite « Marie la Polonaise - Napoléon Volume III » (1984) témoignent de cette immersion dans l'épopée napoléonienne.

Parallèlement à sa carrière musicale, Serge Lama s'essaie avec succès au théâtre, jouant dans des pièces comme « La Facture » et des œuvres de Sacha Guitry. Si le succès discographique connaît une légère baisse à la fin des années 80, avec des albums comme « Portraits de Femmes » (1986) et « Je T'aime » (1987), l'artiste ne cesse de se réinventer. Il renoue avec une formule plus acoustique, mettant en valeur son talent d'auteur-compositeur, et effectue des tournées dans les pays francophones.

Portrait de Napoléon Bonaparte

Un Héritage Durable et une Fin de Carrière Marquée par la Dignité

Au fil des années, Serge Lama a su maintenir un lien fort avec son public. Les années 2000 sont marquées par des projets audacieux, comme l'album de duos « Plurielles » (2003), réunissant des artistes féminines de renom, ou encore sa participation aux spectacles des Enfoirés. Il reçoit de nombreuses distinctions, dont la Grande médaille de la chanson de l'Académie française et une récompense de la Sacem en 2013.

En 2016, il sort l'album « Où Sont Passés Nos Rêves », marqué par le décès de son épouse Michèle, compagne de longue date et mère de son fils Frédéric. En 2018, il célèbre ses 75 ans sur la scène mythique de l'Olympia. Le mois d'octobre 2022 marque la fin de sa carrière discographique avec la sortie de l'album « Aimer », sur lequel chante sa troisième épouse, Luana Santonino. Serge Lama, décoré Chevalier de la Légion d'honneur en 2000 et Commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres en 2004, laisse derrière lui une œuvre monumentale, compilée dans l'intégrale « L'Âme à Nu » (2008).

La carrière de Serge Lama, débutée dans les années 1960, est celle d'un artiste résilient, qui a surmonté les épreuves de la vie pour continuer à offrir au public des chansons empreintes de poésie, d'émotion et de vérité. Son parcours, de ses débuts à Bordeaux à sa consécration sur les plus grandes scènes, témoigne d'une passion indéfectible pour la musique et d'une force de caractère qui ont fait de lui l'un des chanteurs français les plus aimés et respectés de sa génération. Son œuvre continue d'inspirer et de toucher, prouvant la pérennité d'un talent authentique et d'une âme d'artiste hors du commun.

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