La majestueuse Cathédrale de Strasbourg, édifice séculaire et emblème architectural, est un témoignage vivant de l'histoire et de l'art. Vieille de plus de mille ans, elle nécessite des restaurations permanentes, faisant d'elle un chantier quasi-permanent. Le présent article se propose d'explorer les travaux de conservation-restauration menés sur ses façades, en se concentrant particulièrement sur les récentes interventions sur la façade sud et est, qui complètent celles antérieures sur la façade ouest. Ces opérations, d'une ampleur considérable, visent à préserver l'intégrité de ce patrimoine exceptionnel pour les générations futures.
Un Patrimoine aux Multiples Facettes : L'Histoire des Restaurations
La façade sud du bras sud du transept de la cathédrale de Strasbourg a connu de nombreuses phases de construction, de modification et de restauration au fil des siècles. Dès les années 1200-1210, le style roman a marqué le double portail et les parements latéraux. Les parties supérieures, incluant l'étage avec les quatre lancettes, celles avec les deux roses et le fronton, datent des années 1220-1230. Un tournant significatif s'opère en 1493, lorsque le décor de l'élévation sud est transformé par l'ajout de nouveaux garde-corps, sculptures et niches. En 1532, un nouveau bahut d'horloge est installé en façade. La Révolution française a malheureusement entraîné la destruction de nombreuses sculptures, qui seront remplacées entre 1811 et 1828. De 1906 à 1986, des restaurations ponctuelles sont effectuées, dans un souci de préserver l'authenticité, et de nouveaux matériaux tels que le béton et le ciment font leur apparition.

Ces interventions, bien que visant à conserver l'édifice, ont parfois nécessité l'utilisation de matériaux moins traditionnels. L'histoire de la cathédrale est marquée par une succession de chantiers, chacun répondant à des impératifs spécifiques, qu'il s'agisse de réparer les outrages du temps, les dégâts des conflits ou d'intégrer de nouvelles fonctionnalités. La restauration de la flèche, par exemple, entreprise de 2000 à 2004, a précédé les travaux sur le côté nord de la nef, la haute tour et la galerie romane entre 2005 et 2010.
Le Chantier Contemporain : Conservation-Restauration de la Façade Sud et Est
Le chantier de conservation-restauration de la façade sud et est, mené de 2010 à 2022, vient compléter les travaux antérieurs réalisés sur la façade ouest entre 2007 et 2010. La Fondation de l’Œuvre Notre-Dame, sous la direction de l’Architecte en chef des Monuments Historiques (ACMH) Christiane Schmückle-Mollard, a réalisé l’étude préalable entre octobre 2009 et juillet 2010. Cette étude a été approuvée par la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) en mai 2011. En 2012, les premiers échafaudages sont installés sur la façade sud.
Le chantier, divisé en six lots répartis entre la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame et l’État, avait comme principal objectif celui de préserver autant que possible les éléments en place, remplaçant ou complétant uniquement ceux gravement endommagés. Chaque lot inclut la conservation, respectant le principe fondamental de maintenir un maximum d’éléments in situ.
La Façade Sud sous les Projecteurs : Restauration d'Éléments Clés
Un gros chantier vient d'être achevé : la conservation-restauration des façades sud et est du bras sud du transept. Plusieurs éléments ont été restaurés pendant trois ans, notamment un cadran solaire du XVIe siècle, doré à l'or fin, un vitrail du XIIIe siècle et une statue de Saint-Arbogast, qui serait l'évêque fondateur de la cathédrale. La statue de Saint-Arbogast, entièrement rénovée, retrouve ainsi sa place et sa splendeur d'antan.

La façade sud de la cathédrale est en chantier depuis 2016. Le chantier est mené par l'État et la fondation de l'œuvre Notre-Dame. Le montant total de l'opération dépasse les 3,5 millions d'euros. Les vitraux ont tous été doublés.
L'horloge extérieure, située au centre de la façade, bien que moins médiatisée que l'horloge astronomique de Jean-Baptiste Schwilgué, est également un élément remarquable. Son cadran métallique, inséré dans un bahut en pierre de taille, a fait l'objet d'un travail de nettoyage et de consolidation de sa polychromie. On y découvre un personnage coiffé d'un bonnet et tenant dans ses mains un petit cadran solaire, ainsi que quatre angelots. Les couleurs ont été sublimées, redonnant vie à ce témoignage du temps.
La statue de la Vierge à l'enfant a également été restaurée. Elle a été nettoyée pour retrouver l'aspect de la pierre naturelle et sa patine. Il est intéressant de noter que les études ont révélé, en arrière-plan, un décor polychrome composé d'un fond bleu avec des étoiles en feuilles d'or, sublimant ainsi la statue. L'étude de la polychromie menée à l'occasion de ces travaux a révélé de nombreuses découvertes sur son aspect originel. Les travaux de nettoyage ont fait apparaître de jolies teintes blanches, dorées et bleues. Il est même possible d'observer que toute la façade est peinte, avec des faux joints blancs dessinés sur les pierres pour simuler des blocs parfaits, dans le but de construire une image régulière sur le modèle du Temple de Salomon.
Une Œuvre d'Art Vivante : La Polychromie Révélée
Les cathédrales, au Moyen Âge, étaient peintes, une réalité souvent ignorée aujourd'hui. Les traces de peinture originales sont rares, mais les travaux de restauration de la façade sud ont permis de faire des découvertes significatives. La polychromie de la façade sud, notamment celle de la statue de la Vierge à l'enfant, a été mise en valeur. Les couleurs ont été sublimées, et la statue a retrouvé l'aspect de la pierre naturelle et sa patine.

Le cadran solaire doré à l'or fin de la cathédrale de Strasbourg, qui aura duré trois ans, est un autre exemple de la richesse décorative de cet édifice. Sa restauration a redonné tout son éclat à cet instrument astronomique ancien.
La Cathédrale de Strasbourg : Un Monument en Évolution Constante
La première pierre de la cathédrale de Strasbourg a été posée en 1015, ce qui en fait un édifice vieux de 1003 ans. Cette longévité implique une nécessité de soins constants et une adaptation aux évolutions techniques et aux découvertes archéologiques. La cathédrale de Strasbourg, comme tous les biens culturels, a une valeur historique, culturelle, esthétique, éthique et artistique.
Un Bâtiment aux Multiples Transformations : La Coupole Romane
La grande coupole qui couvre le chœur de la cathédrale de Strasbourg, construite entre 1180 et 1200, est un ouvrage monumental d'une conception encore romane. Elle appartient, avec la crypte et l'abside, à la première phase de la reconstruction de l'église, qui a duré près de 300 ans jusqu'à son achèvement au XVe siècle. Sa restauration, engagée en 2022 par la DRAC Grand Est, sous la maîtrise d’œuvre de l’architecte en chef des monuments historiques Pierre-Yves Caillault, répond à la fois à une nécessité sanitaire et à un souci de valorisation.
Strasbourg : la coupole de cathédrale de Strasbourg restaurée
Culminant à 37 mètres au-dessus du chœur, la coupole de la croisée est la voûte la plus élevée de l’intérieur de la cathédrale et l’une des plus anciennes de l’édifice. Sa structure remonte à la fin du XIIe siècle. Conçue suivant les principes de l’architecture romane, la coupole se présente sous la forme d’une voûte octogonale en arc-de-cloître, haute de 8,75 mètres et large de 15 mètres, divisée en huit pans par de puissantes nervures de grès se rejoignant dans une clef annulaire percée d’un oculus. Chaque pan est percé d’une petite fenêtre cintrée.
L'histoire mouvementée de la partie extérieure de la croisée explique en partie l'état de la coupole au XXIe siècle. Divers incendies et bombardements ont conduit à des remplacements successifs de la couverture, passant d'une toiture pyramidale romane à une "mitre" gothique, puis à un grand comble brisé couvert de cuivre, et enfin à la tour néo-romane de Gustave Klotz au XIXe siècle.
La restauration de la coupole, débutée en avril 2022, touche à sa fin. Des échafaudages spectaculaires, suspendus à 30 mètres au-dessus du chœur, ont été progressivement déposés. Des travaux ont été réalisés sur l'intrados et l'extrados, incluant le retrait de tonnes de ciment, le réenduit de la maçonnerie médiévale, le brossage de l'intrados, et l'application de compresses de dessalement. L'extrados a été doublé d'un dôme de charpenterie pour porter la couverture de plomb qui protégera désormais la coupole.
La Tour Klotz : Un Symbole de Reconstruction et de Résilience
La Tour Klotz, de forme octogonale, a une histoire particulièrement mouvementée. Elle a été détruite à deux reprises : une première fois au XVIIIe siècle par un incendie causé par la foudre et par les bombardements de la guerre de 1870. Reconstruite par l'architecte Gustave Klotz, elle est détruite une seconde fois en 1944 par les bombardements américains. Sa restauration, menée de 1988 à 1992, a marqué une étape importante dans la préservation de l'édifice.

Les Défis de la Conservation : Accessibilité et Logistique
La cathédrale de Strasbourg, deuxième cathédrale la plus visitée de France, avec près de quatre millions de visiteurs par an, requiert une logistique particulière et une surveillance constante. Au quotidien, la veille est permanente et chaque détail est scruté : fissures, infiltrations, dégradations naturelles ou volontaires, altération de la pierre. "C’est un édifice qui a poussé très loin la technicité de la pierre et il faut intervenir en permanence. Le grès est une pierre fragile. Il faut constamment devancer les soucis qui pourraient apparaître."
La question de l'accessibilité sans échafaudages reste en suspens. Vu l’énormité et la complexité de l’édifice, sa position en plein centre-ville, pas forcément facile d’accès, il sera toujours un chantier continu. Les câbles électriques sont dissimulés dans l’architecture de la cathédrale, et les pigeons représentent un problème récurrent nécessitant un nettoyage régulier des chéneaux.
Une Gestion Partagée : L'Organisation Unique de la Cathédrale
La cathédrale de Strasbourg est un cas particulier en France, car elle dépend de trois acteurs : l'État, qui en est le propriétaire, l'Archevêché, l'affectataire (locataire), et la Ville, qui intervient à travers l'Œuvre Notre-Dame. Cette organisation, partagée entre l'État, l'Église et la Ville, peut paraître inédite. "Chacun vient avec une approche différente." La commission est un lieu de compromis et permet la discussion, bien que la hiérarchie soit claire : c’est une relation classique de propriétaire à locataire.

Cette gestion partagée, bien que complexe, permet une approche globale et concertée des besoins de l'édifice. La Fondation de l'Œuvre Notre-Dame joue un rôle central dans l'entretien et la conservation de la cathédrale, avec des ateliers spécialisés et des artisans qualifiés, tels que Frédéric Degenève, tailleur de pierre de formation, responsable des ateliers.
L'ensemble des travaux de restauration, qu'ils soient ponctuels ou de grande ampleur, témoigne de l'engagement collectif à préserver ce joyau architectural. La cathédrale de Strasbourg, par son histoire, son architecture et les défis constants de sa conservation, demeure un sujet d'étude et d'admiration inépuisable. Le chantier permanent est la preuve de son statut d'œuvre d'art vivante, en constante évolution, pour le plaisir des générations présentes et futures.
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