La prostitution, souvent perçue à travers des prismes déformants, est en réalité une atteinte profonde aux droits humains fondamentaux, à l'égalité et à la dignité. Elle constitue également une source inépuisable de violences, tant sur le plan social que personnel. C'est face à cette réalité glaçante que s'est érigée la Fondation Jean-et-Jeanne-Scelles, plus communément appelée Fondation Scelles. Fondée en 1993 par les époux Scelles, cette organisation s'est donné pour mission de combattre la prostitution sous toutes ses formes, avec l'objectif ultime de sa disparition. Son action s'étend à l'échelle mondiale, visant à réduire l'exploitation sexuelle dans tous les pays.

Une Action Fondée sur la Recherche et la Documentation
Pour mener à bien sa lutte, la Fondation Scelles a compris l'importance cruciale de la connaissance et de la documentation. C'est dans cette optique qu'elle a créé et gère le Centre de recherches internationales et de documentation sur l'exploitation sexuelle (CRIDES). Ce centre jouit d'une réputation d'excellence et constitue une ressource inestimable pour la fondation et pour tous les acteurs engagés dans la lutte contre l'exploitation sexuelle.
À l'instar d'autres organisations comme le Mouvement du Nid, la Fondation Scelles adopte une position abolitionniste intransigeante. Elle ne cherche pas à réguler la prostitution, mais bien à l'éradiquer. Pour ce faire, la fondation et le CRIDES publient régulièrement des dossiers et des rapports destinés aux décideurs politiques, aux médias et à l'opinion publique internationale. Ces publications visent à éclairer, informer et, in fine, à faire évoluer les mentalités et les politiques publiques.
En 2014, la Fondation Scelles a marqué un jalon important avec la publication de son troisième rapport mondial sur l'exploitation sexuelle, intitulé "Exploitation sexuelle, une menace qui s'étend". Cet ouvrage, ainsi que d'autres publications thématiques telles que "Mineur·e·s proxénètes", "Exploitation et violences sexuelles en temps de conflits armés", "Pornographie : Système prostitutionnel industriel filmé", "Prostitution à l’ère du numérique : vers une redéfinition de la prostitution ?" et "Vade-mecum des infractions sexuelles sur mineur·e·s : comprendre la loi", témoignent de l'ampleur et de la diversité des travaux menés par la fondation.
L'Observatoire International : Veille et Analyse Mondiale
L'Observatoire international de l’exploitation sexuelle est un autre pilier de l'action de la Fondation Scelles. Il s'agit d'un organe de veille informationnelle et d'analyse dont la mission est de collecter, centraliser et analyser les données relatives à la prostitution à l'échelle mondiale. Cet observatoire s'appuie sur une multitude de sources : institutionnelles, universitaires, médiatiques et directement issues du terrain. Cette approche plurielle permet de produire une information actualisée et fiable, essentielle pour comprendre les évolutions du phénomène et adapter les stratégies de lutte.

Une Structure Reconnue et Engagée
Reconnue d’utilité publique, la Fondation Scelles est dirigée par un conseil d’administration. Yves Charpenel assure sa présidence depuis le 5 octobre 2010, succédant à l'ancienne ministre Nicole Fontaine. Cette reconnaissance officielle souligne l'importance et la légitimité de ses actions.
La fondation est inscrite dans la base Sirene tenue par l’Insee depuis le 01/01/1995, avec une mise à jour récente. Elle appartient également au champ de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), attestant de son engagement social. Bien que n'étant pas retrouvée dans le RNE (INPI), ce qui peut relever d'une particularité ou d'une erreur ponctuelle, son statut et son activité sont bien documentés.
L'effectif salarié de la fondation est compris entre 3 et 5 salariés en 2023, et elle est affiliée à la convention collective nationale des métiers de l'éducation, de la culture, des loisirs et de l'animation agissant pour l'utilité sociale et environnementale (ÉCLAT).
Au Cœur du Débat Public : La Question des "Clients"
Un aspect central du travail de la Fondation Scelles, et particulièrement mis en lumière par les témoignages et les publications récentes, concerne la responsabilité des "clients" prostitueurs. L'idée que la prostitution serait une profession comme les autres, ou qu'elle répondrait à des besoins naturels, est vigoureusement contestée. Le livre "Maintenant vous savez", co-écrit par Rosen Hicher, survivante de la prostitution et militante engagée, et Frédéric Boisard, militant associatif à la Fondation Scelles, vise explicitement à déconstruire les excuses et les certitudes des hommes qui achètent des actes sexuels.
Ce livre cherche à révéler la vérité sur ces "clients", en soulignant qu'ils ne sont pas des victimes des circonstances, mais des acteurs qui entretiennent un système prostitutionnel basé sur la déshumanisation, l'exploitation et le déni du consentement. Les excuses qu'ils avancent, souvent liées à la pornographie ou à une vision erronée de la libération sexuelle, sont qualifiées de mensonges et de déviances. Le sexe, tel que présenté dans le système pornographique, est souvent associé à la violence et à la domination, des éléments qui se retrouvent dans la prostitution.
Prostitution : quelles sont les conséquences de la loi de pénalisation des clients ?
La perception des "clients" d'eux-mêmes est également interrogée. Malgré une conscience sous-jacente de l'anormalité de leur acte, ils persistent à considérer le paiement pour un acte sexuel comme un droit acquis. Ils s'inventent des justifications, demandent si "ça a été" pour se donner bonne conscience, mais la réalité, selon les témoignages, est qu'ils ne pensent qu'à eux-mêmes, cherchant à assouvir des "besoins" sans se soucier de l'intimité ou du bien-être de la personne prostituée.
La Loi de 2016 et les Stages de Sensibilisation
Depuis l'adoption de la loi du 13 avril 2016, la France s'est inscrite dans le "modèle nordique" ou abolitionniste, pénalisant les clients. La Fondation Scelles participe activement à la mise en œuvre de cette loi, notamment en co-animant des stages de sensibilisation destinés aux hommes interpellés. Ces stages, auxquels ont participé plus de 900 "clients" depuis 2017, visent à faire évoluer les mentalités, bien que certains témoignages suggèrent que leur efficacité est limitée.
L'idée est de faire comprendre que le sexe n'est pas vital au même titre que manger, boire ou dormir. Les condamnations financières sont jugées insuffisantes, et un séjour en prison sans accès au sexe est parfois évoqué comme une mesure plus dissuasive. La fondation milite pour des sanctions plus sévères et pour une meilleure implication des médias dans la dénonciation du système prostitutionnel.
L'Appel à une Évolution des Mentalités et des Lois
La Fondation Scelles ne se contente pas d'informer et de documenter ; elle s'engage activement pour combattre le système prostitutionnel. Elle participe à la mise en œuvre de la loi de 2016, œuvre à son application sur le territoire national et promeut le modèle abolitionniste à l'international. Elle est co-fondatrice de collectifs tels que "Abolition 2012" et "CAP International", regroupant de nombreuses associations engagées dans cette lutte.
La fondation souligne que les lois seules ne suffiront pas. Tant que le sexe sera perçu comme un bien de consommation et les femmes comme des objets de plaisir masculin, la prostitution persistera. La pédagogie et l'évolution des mentalités sont donc aussi cruciales que la répression. L'objectif est de faire en sorte que le principe de l'interdiction, inscrit dans la loi, finisse par pénétrer les esprits.

L'organisation s'investit également dans la sensibilisation des jeunes, notamment à travers le Prix de la Fondation Scelles - Concours, qui encourage les futurs professionnels de la justice à se pencher sur ces questions. Elle développe des outils pratiques comme l'application web "#Sexploited", qui permet aux personnes en situation de prostitution de trouver des structures d'aide et d'accompagnement, et le "clientomètre", qui rappelle les peines encourues en France pour l'achat d'actes sexuels.
Une Vision Holistique de l'Exploitation Sexuelle
La prostitution des femmes et des mineurs, souvent issus de situations de précarité et originaires des pays du Sud, est considérée par la Fondation Scelles comme une traite humaine, l'exploitation sexuelle des plus vulnérables. Payer pour disposer d'un corps selon son bon vouloir s'inscrit dans un rapport asymétrique aux conséquences physiques et psychiques catastrophiques pour les survivantes.
La fondation s'engage donc à connaître, comprendre et combattre ce système. Ses travaux de recherche, ses publications et ses actions de sensibilisation visent à éclairer les mécanismes de l'exploitation sexuelle, à informer les acteurs concernés et à mobiliser la société civile et les pouvoirs publics. L'objectif est clair : démanteler le système prostitutionnel et œuvrer pour un monde où la dignité humaine et l'égalité priment sur toute forme d'exploitation.
La fondation maintient ses portes ouvertes du lundi au vendredi, de 9h à 17h, au 14 rue Mondétour à Paris, témoignant de son engagement constant et de sa disponibilité pour ceux qui souhaitent en savoir plus ou s'impliquer dans cette cause essentielle. Elle rappelle que la lutte contre la prostitution n'est pas seulement une affaire de loi, mais un combat culturel et sociétal profond, nécessitant l'engagement de tous.
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