L'aménagement des combles est un projet séduisant pour agrandir son espace de vie, mais il soulève une question fondamentale : la capacité portante du plancher existant. Il ne suffit pas que les combles soient vendus comme "aménageables" ; il est crucial de s'assurer que le plancher qui les sépare de l'étage inférieur est suffisamment solide pour supporter les nouvelles charges. La structure du solivage, c'est-à-dire l'ensemble des pièces de bois horizontales qui soutiennent le plancher, est l'élément clé à examiner. Comprendre sa conception, ses dimensions et son état est essentiel pour garantir la sécurité et la pérennité de l'aménagement.
La structure fondamentale d'un plancher bois
Un plancher, qu'il s'agisse d'une construction neuve ou d'une rénovation, est un ouvrage porteur horizontal. Sa fonction principale est de répartir les charges qu'il supporte vers les structures porteuses du bâtiment, généralement les murs périphériques. Les éléments constitutifs essentiels d'un plancher bois sont les poutres et les solives. Les poutres sont les éléments de charpente principaux, souvent plus massifs, qui reposent sur les murs porteurs ou des poteaux. Les solives, plus fines, sont disposées perpendiculairement aux poutres (ou parfois directement sur les murs) et forment l'ossature du plancher sur laquelle repose le revêtement de sol.

Il existe différentes conceptions de planchers en bois. Les planchers à solives apparentes, où les solives sont visibles sous le plafond de l'étage inférieur, sont courants dans les maisons anciennes. Dans d'autres cas, comme les planchers à solives cachées, les poutres sont intégrées dans l'épaisseur du niveau créé, et des panneaux de bois (comme l'OSB ou des panneaux de particules) sont utilisés pour former la surface du plancher. Les planchers bois modernes privilégient souvent des solives porteuses, plus hautes que larges, fixées de part et d'autre par des sabots métalliques pour une meilleure transmission des efforts. La conception de ces structures influence directement le travail de construction et de pose.
Le bois, en tant que matériau, est reconnu pour son caractère écologique, économique et sa durabilité. Cependant, chaque élément en bois utilisé dans la construction d'un plancher doit répondre à des normes spécifiques pour garantir sa résistance. L'humidité, par exemple, doit être contrôlée pour éviter d'endommager les matériaux ou de déformer les pièces de bois.
Évaluation technique de la portance des solives
L'évaluation de la portance d'un solivage existant est une étape critique, surtout lorsqu'on envisage un aménagement de combles. Les informations techniques fournies par le constructeur font défaut, il est donc nécessaire de s'appuyer sur l'observation et, si possible, sur des calculs basés sur les dimensions des éléments.
Dans un cas précis, des solives de section 6 x 18 cm, avec un entraxe de 0,47 m et une portée de 3,10 m, en bois de classe C18, ont été jugées "tout à fait satisfaisantes pour un plancher d'habitation avec sol léger mince, et plafond et isolation en sous-face". Cependant, un point d'attention a été soulevé concernant leur appui : "leur appui par simple petit tasseau, apparemment sur la photo, insuffisant". Pour un avis définitif, il est souvent nécessaire de reconstituer le plan de structure complet : poutres, solives, dimensions précises.
Un autre exemple décrit un solivage avec des solives de 230x80 mm, un entraxe de 50 cm et une portée de 5 m. Les solives étaient propres, sans flèche, mais leur différence de hauteur était aléatoire. L'idée d'un contre-solivage a été envisagée, mais déconseillée en raison du risque que le bois travaille. Le scellement des solives semblait correct.
Dans une maison des années 30 rénovée, les solives apparentes mesuraient 150 x 65 mm. La portée était interrompue par un mur porteur de 7,15 m de long, avec une partie de 4,05 m et une autre de 3,45 m. Ce mur de reprise, en brique de 11 cm d'épaisseur à l'étage, reposait sur un mur en parpaing de 17 cm au sous-sol. L'inquiétude portait sur la nécessité de renforcer ce mur et le solivage. Les calculs préliminaires basés sur des abaques ont indiqué que des solives de 150 x 65 mm avec une portée de 4,05 m ne pouvaient supporter qu'environ 330 kg (incluant le poids de la solive et une charge de 150 kg/m²), alors que la charge estimée était de 373 kg. Pour les solives de 3,45 m, la charge admissible était d'environ 310 kg pour une charge estimée de 318 kg. Ces chiffres suggèrent une insuffisance. Il a été préconisé de réduire la portée libre des solives à environ 2m/2m50.

Les différents types de planchers et leur construction
La compréhension des différents types de planchers est essentielle pour évaluer leur portance. Un plancher est défini comme un ouvrage porteur horizontal, accroché sur ses côtés à la structure du bâtiment et éventuellement supporté en partie courante par une poutre ou un mur.
- Plancher à solives cachées : Les poutres sont intégrées dans l'épaisseur du niveau créé. Ce type de plancher utilise souvent des panneaux de bois.
- Plancher moderne : Réalisé avec des solives porteuses, plus hautes que larges, fixées par des sabots.
La construction d'un plancher implique plusieurs étapes clés :
- Définir le sens de pose des solives : Cela dépend de la configuration des murs porteurs et de la portée à franchir.
- Calculer la quantité de solives nécessaires et leur dimension : Cette étape est cruciale et dépend des charges attendues et de la portée.
- Fixation des solives : Les solives sont généralement posées et fixées sur la lisse haute de l'étage inférieur et sont ceinturées par des solives de rive. Des sabots de charpente peuvent être fixés sur le litier pour accueillir les solives.
Calculer et dimensionner un solivage
Le calcul de la section et de l'entraxe des solives est fondamental pour garantir la solidité et la durabilité d'un plancher bois. Ce dimensionnement conditionne la capacité du plancher à supporter diverses charges.
Les charges à prendre en compte
Pour bien dimensionner un plancher bois, il faut considérer plusieurs types de charges :
- Charge permanente : Le poids des éléments constitutifs du plancher lui-même (solives, panneaux, isolant, plafond, revêtement de sol).
- Charge d'exploitation : Le poids des éléments et des personnes qui vont occuper ou utiliser la pièce. Elle est codifiée par la norme NF P 06 001 et varie selon l'usage de la pièce (habitation, bureau, etc.). Pour une habitation, elle est souvent estimée à 150 kg/m².
- Charges ponctuelles ou surcharges temporaires : Poids concentrés sur des zones spécifiques, comme un poêle, une baignoire, ou lors de travaux.
La charge globale d'un plancher est la somme de ces différentes charges, pondérées selon les normes en vigueur.
Déterminer la section et l'entraxe des solives
La section des solives (largeur x hauteur) et leur entraxe (distance entre les axes de deux solives adjacentes) sont déterminés en fonction des charges à supporter et de la portée libre des solives (distance entre deux appuis).
- Portée : La longueur de la solive entre ses points d'appui. Une portée plus longue nécessite des solives de plus grande section ou un entraxe plus faible. La règle empirique pour les poutres de toit de 5 cm d'épaisseur par 100 cm de portée peut donner une indication, mais les solives de plancher nécessitent des calculs plus précis. Il est souvent préconisé que la hauteur de la solive soit voisine du 1/20ème de la portée. Par exemple, pour une portée de 3,45 m, une hauteur de 17,25 cm est suggérée, et pour 4,05 m, 20,25 cm.
- Entraxe : Pour un plancher en OSB, un entraxe idéal est généralement de 40 cm, mais il peut varier. L'entraxe influence la répartition de la charge sur chaque solive. Pour des panneaux de 22 mm d'épaisseur, un espacement de 50 cm entre les lambourdes (si utilisées) peut convenir. Pour des panneaux d'OSB de 18 mm, un espacement de 50 cm est également mentionné.
- Charge admissible : Chaque section de solive a une charge admissible spécifique pour une portée donnée. Ces informations sont généralement fournies par les fournisseurs de matériaux ou peuvent être consultées dans des abaques de solivage. Par exemple, une solive de 150x110 mm pourrait admettre une charge d'environ 440 kg pour une portée de 4,05 m (solive comprise). Une solive de 150x65 mm aurait une charge admissible plus faible.

Pour calculer la section d'une poutre porteuse, une méthode suggère de multiplier la surface qu'elle doit supporter par 350 Kg/m².
Solutions pour renforcer un solivage existant
Lorsque le solivage existant n'est pas suffisant pour l'aménagement prévu, plusieurs solutions peuvent être envisagées sans nécessairement tout refaire.
Le doublage des solives
Le doublage consiste à ajouter une nouvelle solive à côté de la solive existante. Cela permet de répartir la charge sur deux éléments, augmentant ainsi la capacité portante globale. Si une solive de 150 x 65 mm supporte une certaine charge, doubler cette solive ne double pas simplement sa charge admissible, mais augmente significativement sa capacité en répartissant les contraintes. Les calculs indiquent qu'en doublant des solives de 150 x 65 mm pour une portée de 4,05 m, la charge supportée par chaque élément serait de 162 kg, et pour 3,45 m, de 138 kg.
L'ajout d'entretoises
L'intercalation d'entretoises entre les solives permet de réduire la portée libre de chacune d'elles. Les entretoises sont des pièces de bois fixées perpendiculairement entre les solives, limitant leur déformation et améliorant la rigidité de l'ensemble. Elles peuvent aider à ne pas avoir à tripler les solives, par exemple. L'analogie est faite avec l'ajout d'entretoises reliant des tasseaux : la structure devient beaucoup plus rigide.

La pose de lambourdes
Si le plancher existant présente une différence de niveau ou n'est pas droit, la pose de lambourdes (grands tasseaux perpendiculaires ou parallèles aux solives) peut être une solution. La hauteur des lambourdes est ajustée à l'aide de cales pour obtenir une surface plane. Un nouveau plancher, comme des panneaux d'OSB ou d'aggloméré, est ensuite posé sur ces lambourdes.
L'utilisation de panneaux de particules ou d'OSB
Pour recouvrir les solives ou les lambourdes, des panneaux de particules (aggloméré) ou d'OSB sont couramment utilisés. Il est préférable de choisir des plaques vertes (qualité Extérieur) pour les panneaux d'aggloméré, car elles sont hydrofuges, ce qui est un avantage en cas de dégât des eaux. Pour un espacement de 50 cm entre les lambourdes, des plaques d'aggloméré de 22 mm d'épaisseur conviennent. Les plaques d'OSB, systématiquement en qualité Extérieur, sont également un bon choix. Pour un espacement de 50 cm entre les lambourdes, une épaisseur de 18 mm d'OSB est recommandée.
Il est important de noter qu'un plancher en OSB ou en aggloméré peut accueillir des finitions comme la moquette, le PVC ou le parquet flottant, mais pas le carrelage, qui est plus lourd et rigide.
Les plaques de sol Fermacell
Une alternative moderne consiste à poser des plaques de sol en Fermacell sur un plancher porteur. Cela implique de réaliser une chape légère à l'aide de billes isolantes (en carbone ou argile expansé) pour niveler le sol, puis de poser directement les plaques de Fermacell. Celles-ci s'assemblent par raccord à feuillure, sans fixation au plancher existant, offrant une installation rapide et évitant les ponts thermiques.
Aspects importants à considérer lors de l'aménagement
Au-delà de la seule portance du solivage, d'autres éléments sont cruciaux pour un aménagement réussi et sécurisé des combles.
L'état du bois
Il est impératif de vérifier l'état des solives existantes : sont-elles saines, non vermoulues ou attaquées par des moisissures ? Si le bois est sain, il peut être traité (par exemple, avec du xylophène) et conservé. Si des dégradations sont constatées, un remplacement ou un renforcement significatif s'impose.
L'humidité
Le contrôle de l'humidité est essentiel. Un taux d'humidité trop élevé peut endommager le bois et compromettre la structure. Il faut s'assurer que le plancher est sec et le rester après l'aménagement.
Le revêtement de sol
Le choix du revêtement de sol final a un impact sur la charge totale. Un parquet cloué, par exemple, peut participer moins à la solidité d'un plancher que des dalles OSB. Pour limiter la transmission des bruits, l'utilisation de bandes résilientes sous le revêtement de sol est recommandée, notamment pour les parquets flottants. Il est également possible de poser des parquets que l'on peut poser sur des solives sans les clouer.
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La gestion des ouvertures (trémies)
Si l'aménagement implique la création d'ouvertures dans le plancher, comme une trémie d'escalier, un renforcement spécifique est nécessaire. On utilise des entretoises et des chevêtres, maintenus par des équerres, pour bien retransmettre les efforts autour de l'ouverture.
Le rôle des professionnels
Bien que le travail du bois puisse sembler simple, les calculs en amont de la mise en place d'un solivage sont très importants. Pour éviter les mauvaises surprises et les incidents potentiels, il est souvent préférable de confier ce type de travaux à un professionnel. Les artisans peuvent apporter leur expertise pour le calcul des charges, le dimensionnement des solives et la mise en œuvre des solutions de renforcement.
En résumé, l'aménagement des combles sur un plancher existant nécessite une évaluation rigoureuse de la portance du solivage. Comprendre la structure, les charges à supporter, et les différentes solutions de renforcement est fondamental. En cas de doute, l'avis d'un professionnel est la meilleure garantie pour un aménagement sûr et durable.
